Dans cet épisode de Bulle de Bonheur, Raphaëlle de Foucauld explore pourquoi, dans le couple, de simples phrases peuvent déclencher de vrais malentendus. Elle explique comment nos histoires personnelles, notre style d’attachement et notre cerveau émotionnel brouillent parfois la communication. Avec des exemples concrets et des clés pratiques, elle montre comment mieux se comprendre, apaiser les tensions et renforcer le lien.

« Ce matin, j’ai demandé à mon compagnon s’il pouvait passer chercher un colis. Il m’a répondu : “Tu crois que j’ai que ça à faire ?”
Et d’un coup, j’ai senti une boule dans le ventre. Pourquoi réagit-il comme ça ? Je pose une question, il entend une critique… Et plus je tente d’expliquer, plus ça dérape. Alors ça me chicotte. Pourquoi certaines fois on n’arrive plus à se comprendre alors qu’on s’aime ? »

Ne pas se comprendre c’est comme une crise, et les crises de couple, ça existe et c’est normal ! Une crise est avant tout une transition. #62 comment gérer la crise de couple Une crise de couple n’est pas forcément la fin, mais une étape de transition qui peut renforcer la relation. Apprendre à gérer les crises de couple permet de transformer les tensions en opportunités de croissance, de dialogue et d’intimité retrouvée. Avec du temps, du soutien et les bons mots, la crise devient un tremplin vers un couple plus solide.

Le malentendu permanent

Ce que chacun croit dire… et ce que l’autre entend

Dans le couple, l’un croit dire quelque chose de clair… et pourtant, l’autre entend tout à fait autre chose. On parle avec nos mots, avec notre intention du moment. Et en face, l’autre reçoit avec son histoire, sa fatigue, son humeur, et parfois même ses anciennes blessures. C’est là que la distorsion se glisse, discrète mais puissante. Ce décalage entre ce qu’on pense exprimer et ce que l’autre perçoit est l’une des grandes sources de tensions dans les couples. On croit réagir à ce que l’autre dit, alors qu’en réalité, on réagit souvent à ce que l’on croit qu’il a voulu dire. Et ça change tout.

Exemple : quand une question logistique devient une attaque

Imagine un soir, l’un des deux dit : “Tu as pensé à fermer la porte du garage ?”
Dans sa tête, c’est juste une question logistique, presque automatique.

Mais l’autre entend : “Tu oublies toujours tout, tu n’es pas fiable.”
Et d’un coup, ça pique. La voix se tend, la réponse devient sèche :
“Oui, ça va, je gère !”

Le premier ne comprend pas : “Mais pourquoi tu t’énerves ? Je te demande juste un truc !”
Et l’autre ressent une remise en question.

Pourtant… personne n’a attaqué personne.
C’est simplement l’histoire intérieure de chacun qui s’est invitée dans la conversation.
Une journée épuisante, un besoin de reconnaissance non dit, une sensibilité sur le thème de la “fiabilité”.

Et voilà comment une question anodine se transforme en tension invisible.

Le rôle de l’amygdale : pourquoi notre cerveau déforme les échanges

Il y a aussi quelque chose de très simple et très humain : notre cerveau ne perçoit pas toujours la même chose. Quand l’attachement s’active — la peur de décevoir, de perdre l’autre, de mal faire — l’amygdale s’emballe un peu. L’amygdale est une petite structure du cerveau qui détecte le danger et déclenche très vite les émotions de survie, comme la peur ou la colère. Elle est située au cœur du cerveau, dans le lobe temporal, de chaque côté, juste à côté de l’hippocampe. Dit autrement : bien cachée, et toujours en alerte

Quand elle réagit, un mot banal peut être vécu comme une attaque. Pas parce que l’autre est agressif, mais parce que notre système d’alarme interne est déjà en alerte. Le cerveau veut nous protéger… mais du coup, il déforme ce qui arrive. » #277 et #278

Exemple : quand une simple question réveille un danger émotionnel

« Prenons une scène très courante. L’un dit, de façon neutre : “Tu peux m’expliquer ce que tu voulais dire tout à l’heure ?”
Une question simple.

Sauf que l’autre, déjà fatigué, un peu sur la défensive après une journée compliquée, entend :
“Tu as mal parlé, tu as dit quelque chose de travers.”

Son amygdale s’active, la tension monte avant même qu’il réfléchisse, et il répond :
“Pourquoi tu me cherches ?”

L’intention n’était pas de critiquer.
Mais le cerveau, lui, a interprété la question comme un danger émotionnel.

Résultat : un mot banal peut être perçu comme une attaque.

Le couple se parle souvent depuis des “positions différentes”

Il y a aussi quelque chose qu’on oublie souvent : nous ne nous parlons pas toujours depuis la même “position”. Et ça change tout. D’un côté, il y a ce que nous disons. De l’autre, il y a la position intérieure depuis laquelle nous parlons. Et en face, la position depuis laquelle l’autre reçoit.

Ces positions-là viennent de plusieurs grands courants que j’utilise tous les jours en thérapie : la théorie de l’attachement et les recherches de John Gottman sur les couples. Ensemble, elles nous montrent que la même phrase peut être envoyée d’un endroit… et reçue à un tout autre endroit. Et c’est là que les malentendus fleurissent.

La position “informatif” : une info qui devient un reproche

La première position, c’est la position “informatif”.
On se contente de demander une information, rien de plus.
Par exemple : “Tu as mis les clés quelque part ?”
Pour celui qui parle, c’est neutre.
En face, l’autre peut entendre : “Tu perds toujours tout, tu n’es pas organisé(e).”
Voilà comment un fait devient un reproche.

La position “demande” : un besoin vécu comme une pression

Deuxième position : la “demande”.
On demande un coup de main, un geste, un soutien.
“Tu pourrais m’aider à débarrasser ce soir ?”
L’intention et la demande sont douces.
Mais l’autre peut entendre : “Tu ne fais jamais rien, je suis encore seul(e) à tout porter.”
Une demande devient une injonction.

La position “critique” : une remarque reçue comme un jugement

Troisième position : la “critique”.
Même légère, même involontaire.
“Tu n’as pas fermé la fenêtre.”
L’un exprime un agacement.
L’autre entend : “Tu n’es pas fiable, tu rates toujours quelque chose.”

La position “remise en question” : quand l’identité est touchée

Et puis il y a la position la plus sensible : la “remise en question”.
Elle touche directement à la valeur personnelle.
“Tu es sûr(e) que c’est une bonne idée ?”
Pour celui qui parle, c’est une inquiétude.
Pour celui qui reçoit, c’est : “Tu prends de mauvaises décisions, je ne peux pas te faire confiance.”

Pourquoi nos positions intérieures ne s’accordent pas

Ce qui est fascinant et parfois douloureux, c’est que ces positions se croisent. L’un parle en mode “info”, l’autre écoute en mode “auto-défense”. L’un exprime une demande, l’autre entend une accusation. Et très vite, la conversation glisse vers ce fameux : “Tu me reproches encore quelque chose.” Alors qu’à l’origine… rien n’était dit dans ce sens.

Et c’est là que vous comprenez à quel point vous pouvez vous aimer profondément, et malgré tout ne pas avoir la même conversation. Pas par manque d’amour, mais parce que vos positions intérieures ne s’accordent pas.

Et nous voyons à quel point ces décalages peuvent s’installer sans que nous nous en rendions compte. Nous comprenons mieux alors pourquoi certaines discussions prennent feu alors qu’elles étaient censées rester tranquilles. Ce n’est pas la mauvaise volonté, ce n’est pas le manque d’amour… c’est juste que chacun vit la scène depuis son propre monde intérieur.

Alors maintenant, j’aimerais qu’on prenne un pas de recul. Si ces décalages arrivent si facilement. Que pouvons-nous faire pour les repérer ? Comment changer de regard pour se parler autrement, sans tomber dans les pièges habituels ?

C’est ce qu’on va explorer tout de suite.

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Mieux comprendre ce qui se joue dans le couple

Derrière les mots… un besoin

Le premier changement de regard, c’est se rappeler que derrière les mots se cache bien souvent un besoin. Chaque phrase, même anodine, porte quelque chose : un besoin d’être rassuré(e), un besoin d’être compris(e), soutenu(e), considéré(e). Alors la vraie question devient : de quoi avons-nous besoin quand nous parlons ? Est-ce que nous cherchons une information, ou est-ce que nous cherchons un lien ? Est-ce que nous espérons un geste, une attention, une présence ? Dès que nous commençons à écouter non pas “ce qui est dit”, mais “ce qui est cherché”, la conversation change complètement. Elle devient moins défensive, plus tendre, plus vraie.

Exemple du frigo : répondre au besoin, pas à la phrase

Prenons une scène très courante. Une femme ouvre le frigo, le regarde pendant trois secondes et dit : “Il n’y a rien pour le dîner.” Si vous vous arrêtez aux mots, c’est une constatation. Et pourtant, le frigo est plein, il y a de quoi faire. En fait, ce n’est pas ça qu’exprime cette femme !  Ce qu’elle dit vraiment pourrait être : “Je suis fatiguée, j’aimerais que tu prennes le relais ce soir ». Ou “J’ai besoin de soutien, j’ai l’impression de tout porter.” Ou encore “J’aimerais qu’on fasse équipe, que tu vois que là, je suis à bout.”

Et en face, si l’autre répond : “Bah si, regarde, il y a plein de choses !” Son conjoint répond aux mots… mais pas au besoin !!

C’est là que tout se joue. Parce que cette femme n’est pas en train de parler du frigo. Elle parle de charge mentale, de fatigue, de besoin de partage.

Quand nous comprenons ce décalage, la réaction change. La conversation aussi.

Les styles d’attachement selon Amir Levine

Le deuxième changement de regard, c’est de comprendre à quel point nos styles d’attachement influencent notre manière d’entendre l’autre.

Amir Levine est psychiatre et neuroscientifique à l’Université Columbia. Il a coécrit le livre « Attaché », devenu une référence pour comprendre comment nos styles d’attachement influencent notre manière d’aimer. Il montre très clairement que selon que nous ayons un attachement sécure, anxieux ou évitant, nous réagissons à des signaux bien différents. Un simple mot, un silence, un geste peuvent être interprétés différemment selon notre besoin de sécurité dans la relation. Son travail aide vraiment à comprendre pourquoi deux personnes qui s’aiment peuvent parfois se sentir si éloignées… Alors qu’en réalité, elles cherchent exactement la même chose : être rassurées dans le lien.

Si nous avons un attachement plutôt de style anxieux, nous allons avoir tendance à surinterpréter, à voir des dangers émotionnels partout, même lorsque l’intention de l’autre est neutre ou bienveillante. Et si nous avons un attachement plutôt de style évitant, nous allons gérer l’émotion en nous retirant, en minimisant, en nous coupant légèrement… Ce que l’autre peut vivre comme du désintérêt ou un abandon. # 277 et #278 Couple et attachement

Du coup, dans un couple, deux personnes peuvent s’aimer profondément et pourtant elles auront du mal à entendre la même chose. L’un cherche de la proximité, l’autre cherche à calmer la tempête intérieure. L’un dit : “Tu m’écoutes ?” L’autre entend : “Tu n’es jamais assez…” À partir de là, la conversation n’est plus seulement une affaire de mots. Elle devient une rencontre entre deux systèmes d’attachement qui tentent, chacun à leur manière, de se sentir en sécurité. Lorsque nous comprenons ce mécanisme, nous pouvons arrêter de voir l’autre comme “susceptible”, “fuyant” ou “difficile”. Nous le voyons comme quelqu’un qui essaie simplement de se protéger et cherche avant tout la sécurité.

Le couple comme lieu de protection selon Sue Johnson

Pour compléter, j’aime bien le regard de Sue Johnson, psychologue clinicienne et l’une des grandes figures de la thérapie de couple moderne. Elle a développé l’EFT, la thérapie centrée sur les émotions, aujourd’hui une approche validée scientifiquement que je trouve intéressante pour aider les couples. Son idée centrale est simple et éclairante : derrière chaque conflit, chaque reproche, chaque silence, il y a un appel au lien.

Ce que nous cherchons avant tout, c’est d’être important pour l’autre, d’être rejoint, d’être rassuré. Et quand ce besoin n’est pas nourri, notre système d’attachement s’active : certains se rapprochent, d’autres se protègent en se retirant. Comprendre cette dynamique transforme complètement la manière de se parler. Dites-vous que votre conjoint n’est pas “contre vous”, il/elle tente simplement de se protéger. Sue Johnson le développe très bien dans son livre « Serre moi fort » (lien affilié Amazon).

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Comment sortir d’un désaccord selon John Gottman

John Gottman, que j’affectionne aussi est pour moi l’un des chercheurs les plus reconnus sur le couple, il nous dit : « ce n’est pas le fait de se disputer qui abîme une relation. Les couples heureux se disputent autant que les autres. La vraie différence, c’est la manière dont ils sortent du désaccord. »

Ce qui compte, ce n’est pas l’absence de conflits : c’est la capacité à réparer, à revenir l’un vers l’autre, à dire “attends, je t’ai mal parlé, je recommence”, ou “je veux comprendre ce que tu vis”. Gottman montre que les couples qui savent se reconnecter rapidement après une tension, même minime, sont ceux qui durent le plus longtemps.

Autrement dit, ce n’est pas l’orage qui détermine la qualité du couple… c’est la façon dont on retrouve l’accalmie ensemble.

Exemple : transformer une dispute ordinaire en retrouvailles

Imaginons une dispute classique, rien de dramatique. L’un rentre tard, l’autre est fatigué, la tension monte vite.

— “Tu aurais pu prévenir !”
— “Je n’y ai pas pensé, arrête de me tomber dessus.”

Le ton se durcit, chacun se braque. Jusque-là, c’est une dispute ordinaire, comme nous en vivons tous.

Ensuite, il y a deux façons d’en sortir.

Dans la première, chacun campe sur sa position. C’est le mutisme, la rumination, chacun se renferme, plus personne ne se parle ! Et le soir, chacun s’endort de son côté ! Le désaccord devient une blessure, puis une distance. C’est ici que le couple s’abîme.

Dans la seconde, quelqu’un fait un petit pas. Juste un. Et ça suffit souvent.

— “Écoute… j’ai réagi vite. J’étais inquiet, je croyais que tu m’avais oublié.”
— “Je suis désolée, je n’ai vraiment pas pensé à t’envoyer un message.”

Et là, tout change. Le sujet reste le même, cependant l’ambiance émotionnelle se transforme. Le couple se rejoint. C’est ma réparation.

C’est exactement ce que Gottman décrit : la clé n’est pas d’éviter la dispute, c’est de savoir retrouver le chemin l’un vers l’autre.

En résumé, les couples ont du mal à se comprendre car

  • Le dialogue est souvent à des positions différentes
  • Chacun réagit en fonction de la réactivation de son système d’attachement
  • Ils oublient de regarder le besoin derrière les mots

A vous de jouer chers auditeurs, la carte de 2 minutes de bonheur, vous propose en couple un petit exercice en cas de tension « 2 minutes pour se rejoindre » alors pendant deux minutes, chacun prend un tour pour dire : « Voilà, ce que j’ai compris de ce que tu me dis. Est-ce bien cela ? » L’autre ajuste, nuance, précise… sans se défendre et sans chercher à avoir raison.
Juste pour vous vous retrouviez tous les 2 au même endroit.

Avec Bulle de Bonheur, prenez le temps d’être heureux !

La Petite Mousse de 2 minutes de Bonheur

“Ce n’est pas l’amour qui maintient le lien vivant, c’est la capacité à revenir l’un vers l’autre.”

Terrence Real

Petite mousse- 2 minutes de bonheur

Vos questions les plus fréquentes

🫧 Pourquoi j’ai l’impression que mon partenaire ne me comprend plus ?

Vous avez peut-être l’impression de parler clair, mais votre partenaire entend avec son histoire, sa fatigue, ses blessures et son style d’attachement. Un même mot peut donc porter des significations différentes selon l’état émotionnel du moment. Comprendre ces décalages permet déjà d’apaiser beaucoup de tensions.

🫧 Comment éviter que de simples phrases tournent au conflit ?

Vous pouvez commencer par repérer vos déclencheurs : les mots qui vous touchent, les moments où vous êtes vulnérable, ce qui active votre alarme intérieure. En nommant ces points sensibles et en reformulant vos intentions, vous réduisez considérablement les disputes “pour rien”.

🫧 Comment améliorer notre communication si nous nous disputons souvent ?

La clé n’est pas d’éviter les tensions, mais de savoir réparer. En revenant l’un vers l’autre après un désaccord, en clarifiant vos besoins et en reconnaissant ce qui s’est joué, vous renforcez la sécurité émotionnelle de votre couple. C’est la capacité à se retrouver, plus que l’absence de conflit, qui construit un lien durable.

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