Ah… les suppositions ! Qu’est-ce qui m’arrive ? Alors que j’ai envoyé un message hier à une collègue du département commercial pour lui proposer de déjeuner ensemble prochainement, elle ne répond toujours pas et je commence à avoir des doutes. Peut-être qu’elle ne va pas bien, elle avait mauvaise mine à notre dernière réunion. Ou alors elle a des problèmes à la maison ? Et si j’avais dit quelque chose qui l’a chiffonnée la dernière fois ?

Mais oui ça doit être ça, lorsque j’ai évoqué la baisse du chiffre d’affaires lors de cette réunion, elle a dû le prendre personnellement. D’ailleurs elle est partie rapidement cette fois-là et nous n’avons pas eu le temps de discuter. Elle doit me faire la tête, c’est sûr…

Et là, ça me chicotte. Que dois-je faire ? Est-ce que je dois la relancer, laisser passer un peu de temps, en parler à d’autres collègues pour leur demander leur avis ou carrément l’ignorer parce qu’après tout c’est vraiment pas sympa de sa part de prendre la mouche pour si peu ?

Constat

Ah ! les suppositions… De fil en aiguille, elles peuvent s’additionner dans notre tête et nous mener très très loin dans une fiction que nous avons nous-même échafaudée.

La supposition est l’art de supposer, nous dit le Petit Robert. Bon, nous ne sommes pas plus avancés. Allons voir la définition de supposer : poser à titre d’hypothèse ; croire, considérer comme probable ou plausible. Tiens tiens, dans le domaine juridique, cela signifie donner pour authentique, en trompant. Et si les suppositions nous trompaient ?

Des suppositions, j’en fais tous les jours.

Les suppositions sur moi-même

Tout d’abord, je peux les appliquer à moi-même ! Lorsque je n’ai pas eu une promotion que je convoitais, j’énumère toutes les raisons qui ont pu me barrer l’accès au poste que je voulais tant ! Et je me dis “Je n’ai pas les compétences requises ou une personne déterminante dans le processus de recrutement ne m’a pas soutenue”.

Ou encore la dernière fois que j’ai eu un fort mal de tête, je me voyais déjà passer un scanner du cerveau…

Ces suppositions sur nous-même nous parviennent parfois depuis l’enfance : je ne suis pas douée en dessin, très timide, pas assez cultivée, je n’ai pas les bonnes relations etc. En me sous-estimant, je m’auto-flagelle en créant dans mon esprit des suppositions néfastes. Je peux au contraire me faire des idées fausses en me surestimant.

Les suppositions sur les autres

Ces suppositions, je peux aussi les appliquer à une personne. Si ma fille n’est toujours pas rentrée d’une soirée à 5h du mat, je commence à imaginer qu’elle a eu un accident. Je lui prête des intentions négatives ou alors un comportement inadéquat ou encore une mauvaise rencontre… Notre imagination est fertile dans ces moments-là !

En fait, le problème est que j’ai tendance à supposer que les autres voient la vie de la même manière que moi. Et lorsque je ne comprends pas les paroles ou réactions d’une autre personne, j’enclenche une deuxième supposition selon laquelle elle est méchante, stupide ou autre. Cela peut m’amener à ruminer. Nous avons évoqué ce thème dans notre épisode 83.

Les suppositions sur nos conjoints

Les personnes sur lesquelles nous faisons tous très souvent des suppositions, ce sont aussi nos conjoints, comme l’explique Don Miguel Ruiz dans son best seller Les quatre accords Toltèques. Il écrit “Nous supposons généralement que notre partenaire sait ce que nous voulons ; nous croyons donc ne pas avoir besoin de le lui dire. Nous pensons qu’il va faire ce que nous désirons parce qu’il nous connaît bien. Et s’il ne le fait pas, nous nous sentons blessés et lui reprochons : Tu aurais dû le savoir”. 

Don Miguel donne un autre exemple avec le mariage : lorsque nous nous marions, nous supposons que notre partenaire voit le mariage de la même manière que nous. Puis, nous commençons à vivre ensemble et nous nous apercevons que ce n’est pas le cas dans telle ou telle situation. Il en résulte bien des conflits.

Les suppositions sur un évènement

Il m’arrive aussi de faire des suppositions sur un événement qui se produit ou une situation à laquelle je suis confrontée. J’explique cet événement ou cette situation par telle ou telle raison que je suppose. “Si le temps continue à être moche, mes tomates vont attraper le mildiou et tout le temps que j’ai passé à les bichonner n’aura servi à rien.” Ou, “vu comment il m’a regardé en me disant au revoir, c’est sûr que je n’aurai pas ce contrat, d’ailleurs depuis ce rendez-vous, ça me tourne dans la tête et je ne dors plus”.

Que provoquent toutes ces suppositions ?

Mes suppositions me font imaginer des histoires fausses

Qu’est-ce que ça provoque toutes ces suppositions ? En laissant mon esprit supposer des tas de choses sur moi-même, sur une personne ou une situation, je peux échafauder toute seule dans ma tête un scénario catastrophe. En gros, je me torture inutilement avec ma vision personnelle qui peut vite tourner au drame.

Parce que finalement, si j’y réfléchis calmement, je vois bien que les faits m’ont bien souvent détrompée après coup.

Généralement, les suppositions qui se succèdent dans mon esprit ne sont que des films, parfois catastrophiques, que je mélange dans ma tête avec la réalité parce qu’elles peuvent devenir des certitudes. Ce sont des inventions personnelles issues de mon expérience de la vie et supportées par mon système de croyance. Bien souvent, je les transforme en certitudes sans même en avoir conscience et je peux même me sentir agressée si elles me blessent.

Il y a ces rendez-vous chez le dentiste qui restent éternellement sur la liste de to do car j’ai trop peur des 10 séances à venir pour mes 15 caries et 3 couronnes qu’il va falloir faire. Sans parler que je préfère faire un voyage plutôt que d’investir dans mes dents! Et le jour où enfin j’y vais, le dentiste m’annonce avec un grand sourire, tout va super bien, juste une petite carie que je vais boucher aujourd’hui ! Là je me dis “tout ça pour ça, j étais bien loin de la réalité ! »

Mes suppositions peuvent détériorer mes relations

En me poussant à certaines actions, ces suppositions peuvent même aller jusqu’à détériorer mes relations avec les autres.

Dans le livre écrit avec son fils Don José Ruiz Le 5ème accord Toltèque, Don Miguel Ruiz résume très bien la situation.

Il dit : “Les humains ont une imagination puissante, très puissante, et il y a tant d’idées et d’histoires à inventer. Nous écoutons les symboles parler dans notre tête. Et nous nous mettons à imaginer ce que font les autres, à quoi ils pensent, ce qu’ils disent de nous et nous élaborons ainsi un rêve dans notre imagination. Alors, nous inventons une histoire qui n’est vraie que pour nous, mais nous y croyons. Une supposition en entraînant une autre, nous tirons des conclusions et nous faisons ensuite une histoire personnelle de l’histoire que nous avons inventée. Puis, nous incriminons autrui et nous nous mettons généralement à médire des autres pour justifier nos suppositions. Bien sûr, ces commérages contribuent à déformer encore plus le message».

En lisant ça, on voit bien l’enchaînement pernicieux vers lequel nos suppositions nous entraînent.

Quelles suppositions je peux me faire si mon amoureux est en retard à notre rendez-vous ? 

Prenons un exemple. J’attends un homme avec qui j’ai un rendez-vous amoureux. Il ne vient pas. Dans ma tête, les suppositions se bousculent : “je ne l’intéresse plus. Il a trouvé mieux à faire. Peut-être même qu’il est avec une autre femme ?” En laissant ces idées tourner dans ma tête pendant un moment, je risque finalement de confondre ces suppositions avec la vérité. Je peux nourrir des sentiments de rancoeur. Genre cet homme n’a aucune consistance, il me pose un lapin, il n’est même pas capable de dire les choses en face.  Et si une amie m’appelle au moment de cette attente, je peux être tentée de médire sur cet homme. Or tout cela est basé non sur la vérité, mais sur mes suppositions ! Et pendant que je construis mon échafaudage,  je le vois… Il arrive des fleurs à la main, et m’explique avec gentillesse qu’il avait juste été happé par un appel téléphonique de dernière minute qui l’empêchait de me prévenir !

Donc je vois bien que mes suppositions, transformées en certitudes, peuvent me pousser à avoir des réactions ou comportements différents. Si je souffre, je peux même être entraînée vers la médisance et la critique alors que tout cela repose sur un château de sable.

Car le comble, c’est que la plupart du temps j’en veux aux autres pour des choses qu’ils n’ont pas faites.

Bon, une fois que j’ai dit tout ça, comment puis-je faire pour me sortir de ce schéma pervers ?

Suppositions

Comment puis-je faire pour me sortir de ce schéma pervers des suppositions ?

Selon Don Miguel Ruiz, l’habitude de faire des suppositions est directement liée à notre manière de penser. En fait, nous pensons trop, rappelez-vous 60 000 pensées par jour et notre pensée se transforme en suppositions. Le seul fait de nous demander “Et si…. ceci ou cela” peut nous attirer des ennuis.

Pourquoi faisons-nous des suppositions ?

Pourquoi je fais ça ? Parce que j’éprouve le besoin d’expliquer et de justifier toute chose. J’ai besoin de savoir et donc je fais des suppositions pour satisfaire ce besoin d’avoir des explications. En d’autres termes, je bouche à tout prix les trous de mon ignorance, quitte à me tromper !

Pour en revenir à l’exemple du rendez-vous amoureux : au lieu de me contenter de constater l’absence de la personne, je cherche une explication rationnelle à cette absence parce qu’il m’est très difficile de rester neutre et d’accepter mon ignorance. Je préfère supposer n’importe quoi plutôt que de rester dans l’incertitude. C’est là que je commence à dérouler ce film dans ma tête. Et si je manque de confiance en moi, ce film risque de tourner encore plus à la catastrophe.

Comment stopper l’engrenage des suppositions ?

Alors comment faire pour stopper cet engrenage ? Selon la sagesse toltèque, au lieu de faire des suppositions, fixez votre attention sur la vérité au lieu de laisser votre attention être captée par ce que vous croyez être la vérité. Pour vous aider, vous pouvez garder à l’esprit une fameuse phrase de Socrate : “Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien”.

Faire stop avec les autres

Pour arrêter de faire des suppositions, commencez par passer par une prise de conscience, en repérant vos suppositions. Une fois repérées, vous pouvez les relativiser et vous en débarrasser ! Vous pouvez aussi être humble et accepter votre ignorance, prenez du recul en acceptant que vous ne pouvez pas tout savoir.

Je vous renvoie à notre podcast 49 sur la vulnérabilité. Donc face à des faits ou des situations, essayez d’adopter un regard neutre, sans jugement ni interprétation. Lorsque vous vous rendez compte que vous faites des suppositions, arrêtez-vous ! Vous avez l’impression qu’une personne ne vous apprécie pas et vous l’évitez ? Abordez-la avec gentillesse à la prochaine occasion.

Comment faire pour faire face aux paroles ou aux comportements des autres que vous ne comprenez pas ? Au lieu de supposer ce que quelqu’un d’autre pense ou interpréter pourquoi quelqu’un a agi de telle ou telle manière. Don Miguel Ruiz nous dit  : “Ayez le courage de poser des questions et d’exprimer vos vrais désirs. Communiquez clairement avec les autres pour éviter tristesse, malentendus et drames”.  Plus facile à dire qu’à faire ! Pour vous aider réécouter notre Bulle de Bonheur 78 Je suis vraie, #12 J’identifie mes besoins

Exemple

Concernant mon conjoint par exemple, j’essaye d’exprimer ce que je veux de manière limpide et je communique clairement au lieu de supposer. “Une fois de plus, il va revenir des courses avec la moitié de la liste que nous avions faite !” “Il va donner le bain des enfants ça va être encore la piscine dans la salle de bain” J’évite aussi le non-dit ! Si je ne comprends pas une de ses paroles ou attitudes, je tire les choses au clair avec lui.

Vous en voulez à votre conjoint qui ne vous a pas offert de fleurs pour votre anniversaire ? Dites-lui avec tendresse que ça vous aurait fait plaisir et expliquez-lui que c’est important pour vous. S’il continue à oublier ? Offrez-les vous vous-mêmes ! Une chose est sûre, il vous montre son amour sûrement autrement !

Vous pouvez utiliser les cartes 2 minutes mon amour pour améliorer la communication dans votre couple. Ou encore réécouter l’épisode n°69 de Bulles de bonheur pour pratiquer l’art de demander.

Faire stop avec soi-même

Dites STOP aux suppositions sur vous-même, comme par exemple “Je suis nulle” ou “Je n’y arriverai pas”. Ce sont des suppositions tant que vous n’êtes pas allée chercher et vérifier les réponses. Au lieu de supposer des tas de choses sur vous, osez passer à l’action ! Vous avez toujours supposé que vous étiez nulle en dessin et pourtant vous rêvez de peindre ? Arrêtez de supposer et mesurez votre talent en vous inscrivant à un cours.

Vous pensez que vous ne savez pas cuisiner ? Choisissez une recette simple et lancez-vous. Allez faire un tour vers nos bulles de bonheur #39 Je pratique l’auto-compassion et #36 Je décolle les étiquettes ou encore #24 Je reconnais mes talents

Les bénéfices de stopper les suppositions

En arrêtant de faire des suppositions, je ne vais pas déformer la réalité et je vais aborder le monde plus sereinement. Je vais prévenir la médisance qui prend la plupart du temps racine dans les suppositions. Mais aussi, je vais gagner du temps et de l’énergie. Je gagnerai en liberté et j’améliorerai mes relations avec les autres parce que je vais éviter beaucoup de quiproquos qui engendrent bien de conflits.

Attention, vous allez devoir mobiliser votre persévérance ! Évidemment, arrêtez de faire des suppositions prend du temps ! Ça n’arrive pas d’un coup de baguette magique car l’habitude de faire des suppositions est solidement ancrée en chacun d’entre nous.

Essayez de mettre en pratique des actions petit à petit. Vous savez, la politique des petits pas ! En le faisant jour après jour, vous établirez des fondements pour renforcer votre volonté et développer cette habitude.

Allez hop je me lance

Si je me résume, lorsque je fais des suppositions,

1- J’ai tendance à penser que ce sont des vérités et je réagis en fonction de mes croyances.

2- Me voilà entraîné dans une spirale de pensées qui me torturent, m’empêchent d’avancer, et détériorent mes relations avec les autres.

Alors que en arrêtant de faire des suppositions,

1- J’ai conscience que chacun à sa propre perception du monde

2- Mais aussi, je prends conscience de mes talents

3- Et encore, je regarde les faits de façon réaliste

À vous de jouer, chers auditeurs : 2 minutes pour choisir une supposition que vous avez sur vous-même ou sur une autre personne et passez à l’action pour la confronter à la réalité. Et savourez ce moment d’authenticité à venir !

La petite mousse est une girafe cette semaine par sa longueur, cependant sa fraîcheur va vous vivifier !  Don Miguel Ruiz nous dit. “Trouvez le courage de poser des questions et d’exprimer ce que vous voulez vraiment. Communiquez avec les autres aussi clairement que possible pour éviter les malentendus, la tristesse et les drames. Avec cette seule action, vous pouvez transformer complètement votre vie”.

Avec Bulle de Bonheur, prenez le temps d’être heureux !