Le pardon est l'un de ces mots qui font reculer. On l'associe à l'oubli, à l'excuse, à une obligation morale qu'on s'impose malgré soi. Et pourtant, quand il est juste — quand il est libre — le pardon est l'un des actes les plus puissants que l'on puisse poser pour soi-même.

Dans cet épisode de Bulle de bonheur, je reçois Virginie Tesson, médecin de formation, thérapeute et coach de dirigeants, formée par le psychologue Jean Monbourquette. Ensemble, nous allons démêler les fausses croyances autour du pardon et tracent un chemin concret, humain et bienveillant pour ceux et celles qui souffrent encore.

Ce que le pardon n'est pas

Avant d'explorer ce qu'est le pardon, il est essentiel de poser ce qu'il n'est pas. Ces confusions sont à la racine de beaucoup de résistances :

  • Pardonner, ce n'est pas oublier. La mémoire n'est pas l'obstacle — elle fait partie de notre histoire.
  • Pardonner, ce n'est pas excuser. Ce qui a été mal fait reste mal. Le pardon ne le renomme pas autrement.
  • Pardonner, ce n'est pas se réconcilier. La réconciliation est une étape distincte, qui nécessite des conditions précises — et reste toujours un choix libre.
  • Pardonner, ce n'est pas minimiser la souffrance. Au contraire, le chemin du pardon commence par reconnaître pleinement ce que l'on a traversé.

Le pardon, c'est un acte intérieur de libération. Il concerne d'abord celui qui pardonne — pas l'offenseur.

Pardon et déception : un lien intime

Virginie, tu soulignes que la déception est souvent à la racine de ce que nous avons à pardonner. Jean Monbourquette l'expliquait avec clarté : quand on est déçu par quelqu'un, c'est qu'on porte trop d'attentes sur cette personne. Cela vaut aussi — et surtout — pour soi-même.

Apprendre à s'aimer avec ses imperfections, c'est déjà réduire le terrain de la déception. Et réduire la déception, c'est s'approcher du pardon.

Les 12 étapes du pardon selon Jean Monbourquette

Jean Monbourquette, psychologue et prêtre canadien, a élaboré un chemin en 12 étapes pour cheminer vers le pardon. Virginie, peux-tu nous les présenter en deux grandes phases ? :

Phase 1 — Le pardon psychologique (étapes 1 à 6)

1
Décider de ne pas se venger et faire cesser l'offense
2
Reconnaître sa blessure et sa fragilité
3
Partager sa blessure avec quelqu'un de confiance
4
Identifier ce que l'on a perdu — et en faire le deuil
5
Traverser la colère, l'envie de vengeance, puis la tristesse
6
Se pardonner à soi-même

Phase 2 — Le pardon spirituel et intégral (étapes 7 à 12)

7
Chercher à comprendre son offenseur, se mettre à sa place
8
Donner un sens à l'offense vécue
9
Cesser de s'acharner — s'en remettre à une force plus grande
10
Se rappeler les fois où l'on a soi-même été pardonné
11
S'ouvrir à la grâce — et s'apercevoir un jour que l'on a pardonné
12
Décider librement de se réconcilier — ou non

La métaphore de l'hameçon

Je crois que nous pouvons partager toutes deux une image forte : celle de l'hameçon. Lorsqu'on est blessé, la tentation est de retirer l'hameçon au plus vite — mais ce faisant, on arrache de la chair. Le bon geste, paradoxal, est de laisser l'hameçon continuer sa course jusqu'à ce qu'il ressorte de l'autre côté.

C'est douloureux sur le moment, mais c'est la seule voie vers une vraie guérison. C'est la même chose avec le pardon. Il faut aller au fond de la blessure, la délimiter, comprendre ce qu'elle a coûté — pour en être enfin libéré.

Pardon et estime de soi : un socle commun

Le pardon est un acte de grande maturité intérieure — et il nécessite de se respecter suffisamment pour le choisir librement. Un pardon accordé trop vite pour éviter le conflit ou préserver la relation n'est pas un vrai pardon. C'est une forme de soumission.

Et nous sommes d'accord pour les deux pour dire : le travail sur l'estime de soi est le socle sur lequel tout le reste repose. Connaître ses forces, poser ses limites — c'est à partir de là que le pardon devient possible.

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Pardonner sans se réconcilier — c'est possible

C'est l'une des confusions les plus fréquentes. Beaucoup pensent que pardonner implique de renouer le lien. Or, le pardon concerne la qualité de ce que l'on vit en soi. La réconciliation, elle, concerne la relation — et elle suppose que l'offenseur ait reconnu sa part de responsabilité et modifié son comportement.

On peut donner un vrai pardon à quelqu'un de toxique et choisir, en toute conscience, de ne pas réintégrer cette personne dans sa vie. Ce n'est pas un demi-pardon. C'est un pardon complet, au service de sa propre protection.

Un premier pas, juste aujourd'hui

Vous portez une blessure ancienne et le pardon vous semble inaccessible ? Virginie Tesson propose ce petit rituel doux pour commencer :

Le rituel du premier pas

Posez une main sur votre cœur ou votre ventre. Respirez lentement. Dites intérieurement : "Une partie de moi est blessée et je veux l'accueillir. Je veux la reconnaître." Restez là, quelques instants. Nommez ce que vous ressentez. Accueillez-le, sans forcer.

Refaire ce rituel régulièrement, c'est déjà commencer. Pas à pas, à votre rythme.

La petite mousse de l'épisode

« Le pardon ne change pas le passé, mais il élargit l'avenir. »

— Jean Monbourquette

Questions fréquentes sur le pardon

Q — Pardonner, est-ce oublier ce qu'on a vécu ?

Non. Le pardon n'est ni l'oubli, ni l'excuse, ni la réconciliation obligatoire. C'est un acte intérieur de libération qui concerne d'abord celui qui pardonne, pas l'offenseur.

Q — Quelles sont les 12 étapes du pardon selon Jean Monbourquette ?

Jean Monbourquette propose 12 étapes réparties entre un travail psychologique (décider de ne plus se venger, reconnaître sa blessure, identifier ses pertes, traverser la colère et la tristesse, se pardonner à soi-même) et un pardon spirituel (s'en remettre à une force plus grande, laisser venir la grâce). La réconciliation est la 12e étape — et elle reste un choix libre.

Q — Doit-on forcément se réconcilier pour avoir vraiment pardonné ?

Non. Le pardon concerne la qualité de ce que l'on vit à l'intérieur de soi. La réconciliation vise la relation — et elle nécessite que l'offenseur ait reconnu sa part. On peut pardonner sincèrement sans choisir de renouer le lien.

Q — Comment commencer à pardonner quand on se sent incapable de le faire ?

Poser une main sur le cœur ou le ventre, respirer lentement, et dire intérieurement : "Une partie de moi est blessée et je veux l'accueillir." Ce petit rituel, répété régulièrement, est le tout premier pas — sans forcer, sans obligation.

Q — Quel est le lien entre pardon et estime de soi ?

Le pardon demande de se respecter suffisamment pour le choisir librement. Un pardon accordé trop vite, pour éviter le conflit ou préserver la relation, n'est pas un vrai pardon — c'est une forme de soumission. C'est pourquoi le travail sur l'estime de soi est le socle de tout chemin de pardon.

VT
Virginie Tesson
Médecin de formation, thérapeute et coach de dirigeants, formée par Jean Monbourquette. Co-autrice de Réussir comme dirigeant, construire son action, oser être soi (Dunod). Elle anime des parcours de pardon en petit collectif sur quatre jours. virginietesson.com

Épisode 299 — Bulle de bonheur

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