Ah… la performance ! J’ai fait un mauvais temps lors de mon jogging ce matin et je me sens nulle en tout et toute la journée. Pourquoi ne suis-je pas capable de me maintenir à un meilleur niveau ? Lors de mon évaluation annuelle, mon manager a salué mes efforts et mon engagement, je me suis sentie valorisée et appréciée.  Mais comparé aux autres gestionnaires de mon niveau, je suis dans la moyenne, je ne sors pas du lot. D’un coup, je sens mon enthousiasme et ma motivation redescendre en flèche. Une petite vague de déprime me submerge, je me sens nerveuse et irritable.

Ouf !

Heureusement, à l’école, mon fils sait lire avant tous ses camarades. Je suis très fière de ses résultats, j’ai l’impression que mes efforts portent leurs fruits. Mais là ça me chicotte : pourquoi mes performances affectent-elles tellement mon moral? Puis-je être heureuse sans avoir les meilleurs résultats?

Comment définir la performance

Le bonheur est produit par des émotions agréables et un sentiment de satisfaction

Dans la philosophie grecque comme en psychologie positive, deux approches du bonheur se démarquent : la conception hédonique et la conception eudémonique. L’approche hédonique postule que le bonheur est produit par des émotions agréables et un sentiment de satisfaction par rapport à la vie.

La joie d’un beau paysage, l’émerveillement d’un sourire de bébé, le souvenir d’une conversation avec son grand-père.

La perspective eudémonique

La perspective eudémonique aborde le bonheur comme le fruit de la réalisation de son plein potentiel. Elle stipule donc que je suis heureux si je progresse, si je me sens en croissance. Cela repose sur des buts qui donnent du sens à ma vie.

Une augmentation de salaire, une promotion, un objectif rempli, un record personnel au marathon…

De nombreux psychologues ont développé cette deuxième approche. Dans cette approche eudémonique, nous voyons bien se dessiner l’importance de la performance dans notre bien-être. Être performant c’est donc légitimement se sentir autonome et compétent ce qui améliore aussi notre rapport aux autres et facilite notre connexion et notre sentiment d’appartenance. Bulle de Bonheur #125 lien avec le podcast sur la motivation)

Les risques de la performance

N’y a-t-il pas un revers à la médaille?

La recherche de performance pousse à l’évaluation

Il me semble que la performance se niche partout. Elle est sortie du champ classique du sport ou des salles de classes pour faire son nid dans tous les domaines de notre vie.

Être performant au travail, être performant dans ses loisirs, être un bon ami, une bonne épouse, une bonne mère, un bon citoyen du monde.

Si vous aimez jouer de la trompette, il faudrait être virtuose ou du moins progresser continuellement. Si vous aimez cuisiner alors il faut exceller ou alors montrer que vous élevez toujours plus haut la barre de vos exigences. Nous nous habituons progressivement à nous évaluer ou à nous laisser évaluer sur tout.

Combien de femmes pleurent parce qu’elles ont l’impression que leurs enfants sont moins bons que les autres. Combien elles souffrent de ce que cela révèlerait soi-disant de leur propre échec, de leur propre mauvaise performance.

Notre société et la performance

Notre société a progressivement transformé notre rapport à l’action en recherche de performance. Dans un monde qui glorifie l’effort, la performance serait-elle devenue un marqueur social très fort ? De culture du résultat, nous avons progressivement dérivé vers le culte de la performance.

Ce phénomène est amplifié par les réseaux sociaux qui, tout en renvoyant une image partielle de la réalité des autres, ouvrent des boulevards de comparaison et nourrissent l’idée que nous ne sommes jamais assez.

Tous les âges sont concernés, de la jeune fille qui trouvent que les autres sont toutes mieux qu’elles, aux jeunes maman qui sont sûres que toutes les autres sautent dans leur jean à la sortie de la maternité. Ou encore aux seniors qui culpabilisent de se sentir diminués physiquement alors que leurs congénères semblent encore courir tous les marathons du monde !

La recherche de la performance pousse à nous standardiser 

En effet, la performance suppose un système de critères et de standards qui permettent précisément de mesurer nos performances en comparaison de celles des autres. Les performances professionnelles, scolaires, sportives sont même standardisées dans des grilles très formelles.

Appréciation subjective de la performance

Mais il y a aussi des mesures de performance plus qualitatives et floues et surtout très subjectives. Il n’y a pas encore de grille pour être un bon parent ou une bonne personne. Et pourtant la recherche permanente de la performance appliquée à tous ces domaines nous pousse à nous comparer toujours plus aux autres. Je regarde mon voisin qui se rend tous les jours seul au bureau dans son gros 4X4 polluant. Je me sens meilleure que lui puisque moi je trie et me déplace en vélo. Quel que soit le fruit de la comparaison, mon rapport aux autres se transforme.

Nous sentons bien combien la recherche permanente de performance sépare autant qu’elle cherche à standardiser et pousser chacun de nous à progresser par la force de la pression sociale. Vous pouvez réécouter notre épisode 67 Je me positionne par rapport aux autres. 

La quête sans fin de la performance

Que cherchons-nous derrière cette quête sans fin de la meilleure performance ? Voulons-nous vraiment progresser en course à pied pour le plaisir que nous y prenons et le besoin de dépassement de nous-mêmes ou faire mieux que la norme ?

Quand la mode est au corps sain dans un esprit sain, voulons-nous nous prouver quelque chose à nous-mêmes ou bien aux autres ?

La motivation

Imaginons que vous êtes dans  le cas d’une motivation extrinsèque, celle qui trouve sa source dans des raisons qui vous sont extérieures (Théorie de l’autodétermination de Deci et Ryan ) #125 sur la motivation. Les recherches démontrent que l’intention cachée reste toujours la même : soit la recherche d’une récompense comme un statut social ou l’amour d’un proche soit l’évitement d’une punition.

C’est par exemple le cas de l’étudiant qui va en cours sans aucun intérêt, juste pour éviter d’être recalé pour absences répétées. Cependant, si le résultat à court terme est le même que pour les objectifs intrinsèques, les études ont démontré que cette motivation est surtout une source de frustration et nuit à nos progrès à long terme.

La performance peut nous faire perdre le contrôle de notre quête de progression

Connaissez-vous Naomi Osaka? C’est une grande joueuse de tennis professionnelle japonaise. Classée numéro 2 mondial à l’hiver 2021, elle se retire quelques mois après du tournoi de Roland Garros.

La raison : les conférences post match et les questions pressantes des journalistes sur ses performances font grandir chez elle une angoisse qui a déjà nourri plusieurs épisodes de dépression. Voilà qui lève le voile sur un mal bien connu de ceux qui se donnent à 3000% pour un objectif précis comme les étudiants avant leurs examens ou les grands face à une compétition : l’anxiété de performance.

La pression à la performance

Le mal ne date pas d’hier mais la pression croissante à la performance dans tous les domaines a accru son ampleur et son intensité. Concrètement, cette émotion bloquante se produit à l’approche d’une situation d’évaluation. Elle se manifeste par un éventail assez large de symptômes physiques et psychologiques. Ils peuvent s’apparenter au stress dont nous vous avons parlé dans notre bulle de bonheur N°120 J’aime le stress, mais sans le côté moteur.

Effets sur l’individu

Généralement, l’individu traversé par l’anxiété de performance a une perception négative de lui-même dans le contexte de l’évaluation et perd confiance en lui. Il surévalue les risques liés à la situation et rumine des pensées négatives comme « je vais me planter ».

Pour arrêter de ruminer, vous pouvez aller réécouter notre Bulle de bonheur 83. Certains passent par des épisodes de panique ou des crises d’angoisse paralysantes. Cela peut conduire à des comportements d’évitement, de fuite ou de perfectionnisme.

Exemple

Par exemple, un de mes amis a connu plusieurs échecs cuisants à l’examen du permis de conduire. A tel point qu’au moment de le repasser pour la cinquième fois, il s’est inconsciemment sabordé lui-même ! Il était incapable de faire face au risque de tout donner, de faire au mieux pour recevoir encore une fois un avis négatif.

La recherche de performance à tout prix peut aussi nous pousser à adopter des comportements parfaitement opposés à nos propres objectifs. C’est aussi celui qui veut tant performer à une conférence qu’il donne, qu’il finit par se laisser envahir par un stress inadéquat alors qu’il est bien préparé et qu’il connaît parfaitement son sujet.

Perte de contrôle quête de progression

Changement de regard

Comment rester dans la performance tout en progressant

Alors, comment garder de la mesure tout en cherchant à progresser ? 

Se connecter à ses valeurs

Tout d’abord, essayez de vous reconnecter à vos valeurs. Rappelez-vous, nous vous en parlions dans l’épisode 75 J’identifie mes valeurs, les valeurs sont votre boussole. Elles sont ce qui est le plus important pour vous et vous aident à déterminer où vous pouvez déployer vos talents et vous investir. Elles vous aident à prioriser.

Dans ce contexte, elles vous permettront de faire le tri dans tous les domaines dans lesquels vous vous efforcez d’exceller. Un tri sain parce que vous serez connecté à ce qui compte profondément pour vous.

Exemples

Par exemple, si vous vous sentez utile, impactante et en même temps passionnée par votre métier qui a du sens pour vous. Il est probable que vous décrocherez des évaluations positives et que vous progresserez.

A l’inverse, vous aimez la fantaisie. Pour garder la forme et faire un détox des sorties du week-end, vous courez avec ennui autour d’un stade en comptant les tours et en essayant de battre votre record.

Et si, vous continuiez à courir en découvrant de nouveaux itinéraires, vous aurez toujours votre moment détox et en plus vous répondrez à votre besoin de fantaisie ! Au diable la performance, l’important est d’être bien dans l’activité que l’on fait !

S’arrêter pour savourer l’instant présent

La recherche de la performance nous concentre sur l’objectif à atteindre donc sur l’avenir, ce qui occulte souvent le chemin pour y arriver. Se reconnecter à l’instant présent, à nos sensations et à nos émotions sont souvent de bonnes respirations pour prendre du recul sur nous-mêmes et réajuster nos choix et nos comportements. Je me revois courant d’une activité à l’autre pour mes enfants, m’éreintant à faire des repas maison tout bio super équilibrés. Puis, fermant mon ordi dans la précipitation pour filer les chercher, m’épuisant à aider l’un à progresser en maths tout en faisant réciter sa poésie à l’autre… Et je me revois fatalement devenir une vraie harpie qui gère mais ne vit pas le moment.

Une respiration

J’ai fait une pause pour me rendre compte que cette recherche de la perfection maternelle m éloignait de ma famille. Je me donnais à moi-même le mauvais rôle. J’ai baissé la barre de mes exigences et ai accepté de l’aide et tout va mieux. Faites un petit détour par notre podcast 93 sur l’effort.

Les vertus du lâcher prise

Troisième piste : faire preuve d’humilité et lâcher prise. #21 podcast sur le lâcher prise. La toute-puissance du résultat part du postulat que si nous nous donnons à fond, nous obtiendrons les résultats que nous souhaitons.

Mais c’est laisser bien peu d’espace aux circonstances, au contexte et aux contingences qui peuvent venir perturber une équation qui semble très mécanique. L épisode du Covid que nous vivons nous le démontre bien.

Nous pouvons changer notre regard sur les événements et diminuer la force de leur impact et donc la pression que nous nous mettons ! Cela en réalisant que nos actions à elles seules ne suffisent pas pour produire les résultats que nous souhaitons. Essayez c’est très libérateur.

Favoriser une culture de moyen plutôt que de résultats

Enfin, laissez un peu de place à la culture de moyens.

Pensez à la proposition de service d’une entreprise de chauffage par exemple. Elle peut soit vous garantir une visite hebdomadaire et vérification de votre chaudière – culture de moyen. Soit vous garantir qu’il fera minimum 19° tout l’hiver – culture de résultats. Nous pouvons probablement aussi réajuster nos objectifs ainsi. J’irai nager une fois par semaine mais je ne me forcerai pas à faire 40 longueurs coûte que coûte. Ça me permettra de rester satisfaite de moi-même même si parfois je suis trop fatiguée pour nager des kilomètres.

Dans certains domaines sur lesquels nous avons très peu de contrôle, la culture de moyens allège la pression que nous nous mettons à nous-mêmes comme la parentalité par exemple.

Si je résume

  • Être performant répond à notre besoin d’accomplissement
  • Performance et motivation sont positivement reliées lorsque nos objectifs sont connectés à nos valeurs et à nos désirs profonds
  • Si la quête de performance est uniquement orientée sur la progression, elle peut devenir source de comparaison, d’anxiété, d’obsession et de perte de sens
  • Lâcher prise, se reconnecter à ses propres valeurs fait baisser la tension
  • Trouver un juste équilibre culture de moyens et culture de résultat permet d’ajuster notre rapport à la performance

A vous de jouer chers auditeurs, tirez une carte de 2 minutes ensemble ! et nommez deux domaines dans lequel vous vous sentez compétent. Avec quelle valeur qui vous tiennent à coeur sont ils en lien ?

La petite mousse

La petite mousse de la semaine va vite, très vite, c’est un petit shot bien fort à boire cul sec car elle risque de vous filer entre les doigts. Elle nous vient du coureur Usain Bolt « Si vous vous inquiétez de votre performance, vous avez déjà perdu. Entraînez-vous dur, montez, courez de votre mieux et le reste prendra soin de lui-même ».