La générosité… Une association près de chez moi organise un séjour pour des enfants défavorisés. Ils ont besoin de jouets ! Ni une ni deux, trouvant ce projet génial, je propose à mes enfants d’aller choisir des jouets dans leur chambre pour les offrir à cette association et faire la joie de ces enfants. Je les vois partir dans leur chambre et 10 minutes plus tard, l’un revient les bras chargés de ses jouets préférés. Un autre me ramène ses playmobils sans tête. Le 3ème , donc le plus jeune, qui a une chambre qui regorge de jouets revient en me disant qu’il n’a rien à donner. Et là ça me chicotte ! Comment se fait-il que nous soyons tous si différents face à la générosité ? Est-ce possible de devenir généreux ? Si oui, comment ?

Des bonnes idées de générosité

Ma vie aux Etats-Unis et au Canada m’a fait découvrir pleins d’initiatives généreuses ! Comme faire fleurir aux coins des rues les « petites librairies gratuites », ces petits casiers en bois dans lesquels les voisins viennent déposer ou piocher des livres ou des produits d’épicerie courante.

Les groupes Facebook « Buy Nothing » (N’achetez rien) regorgent d’objets dont chacun se sépare pour en faire don à celui qui en manifestera le besoin. Sans parler des trottoirs, sur lesquels les familles disposent des meubles ou objets en bon état à disposition du passant. Connaissez-vous aussi le concept merveilleux des Cafés suspendus ? A Naples, les habitants ont pris l’habitude de commander un café au comptoir et d’en régler deux, ou plus. Les additions réglées en avance sont suspendues par le patron a la vue de tous, et il est alors plus facile pour ceux qui ont besoin d’un bon café bien chaud, de le demander discrètement. En Turquie, les gens laissent aussi leurs manteaux à donner accrochés aux branches d’arbres, champêtres et généreux porte-manteaux ! Chaque pays regorge d’idées généreuses.

La générosité dans la littérature

Depuis la nuit des temps ce mot de générosité passionne les écrivains. C’est ainsi que du Bellay décrit littéralement la générosité comme la « Noblesse morale ». L’historien et poète Etienne Pasquier, au 16e siècle dit même de la générosité que c’est une « qualité qui élève l’homme au-dessus de lui-même ».

Le lexique attache quelques mots vraiment intéressants à cette notion de générosité. J’y trouve « Fécondité et fertilité » / « Force et qualité » / « Abondance » / « Plénitude / Rondeur ». Cela me fait penser que nous disons bien : une part généreuse de gâteau / une poitrine généreuse.

Faire preuve de générosité envers soi-même

Et pourquoi parlons-nous seulement de la générosité envers les autres ? Et si la première personne envers laquelle il fallait faire preuve de générosité, c’était nous-même ? Comment pouvons-nous faire preuve de bienveillance envers les autres si nous passons notre temps à nous auto-flageller ou nous critiquer ?

Petit exercice…

En fait, imaginez toutes les petites phrases que vous vous dites à vous-même, dans un dialogue transposé à votre meilleur ami, votre enfant, votre collègue ou votre conjoint ! C’est une expérience TRÈS intéressante. Alors ? Que dites-vous à votre collègue : « Vas-y ! Tu as tout pour arriver à décrocher ce contrat ! » ou bien « Mais non, ça ne sert à rien, franchement tu vas encore te planter » ?

A votre conjoint : « J’ai confiance en toi ! » ou bien « mon pauvre, avec ton caractère comment veux-tu que l’on t’aime… ».

A votre amie « Tu as un regard magnifique, intense » ou « Tu ne perdras jamais cette petite bouée autour de ton ventre » ?

Ou encore à votre enfant « Tu fais de ton mieux, tu es fait pour être heureux » ou bien « franchement, tu es déprimée, mais tu l’as bien cherché, tu n’as que ce que tu mérites finalement… ».

Effets de cet exercice

En fait, en faisant cet exercice, nous prenons conscience de l’effet répété de ces micro-phrases bien plombantes quand nous nous adressons à nous même ! Donc, règle d’or, pensons à être généreux avec nous-même. Pratiquer cette générosité envers nous-même permet de faire grandir notre confiance. Elle n’a jamais fini de grandir quand elle est arrosée de bienveillance et de positif !  # 6 confiance

Emma Seppala, chercheuse à l’Université de Yale explique que ses travaux l’ont amenée à comprendre comment l’auto-critique nous affaiblit, tandis que l’auto-compassion construit en nous les compétences nécessaires à la résilience, le bonheur et la productivité. # 39 je pratique l’auto-compassion

Comment rendre la générosité contagieuse

Ce que la générosité a de très puissant, c’est qu’elle est contagieuse ! Et ça, c’est incroyable.

Son impact en famille

Il n’y a qu’à voir en famille l’impact que peut avoir la générosité des parents sur les enfants. Une mère de jeunes enfants me racontait que bien souvent ses enfants viennent réclamer un morceau de SA tartine (après s’être déjà enfilé un bol entier de céréales). Au lieu de les rembarrer immédiatement, elle se forçait à leur répondre avec un sourire « oui bien sûr mon chéri ».

Ici, rien à voir avec l’enfant roi auquel sont accordés ses moindres désirs. Mais plutôt l’intention de leur apprendre à partager sans se poser de questions. Chacun a son pré gardé, et quand on partage, on donne toujours le plus petit des morceaux et on blémit quand on voit sa progéniture croquer pile au milieu de sa tartine -le meilleur morceau-

Exemple familial

Parlons aussi de cet homme me racontant que ses parents avaient toujours eu le cœur large. Ils prêtaient facilement leur maison à des copains, des visiteurs de passage, en choisissant de faire confiance. Eh bien cet homme, façonné par l’exemple généreux de ses parents, est à son tour parti deux ans en Afrique donner du temps à des gens plus démunis.

generosite en famille

Générosité amicale

C’est aussi l’exemple de ces copines qui se sont relayées pendant deux mois pour apporter leurs repas à une famille dont le bébé était à l’hôpital. Alors même que cette bande de copines avait elle-même ses enfants, ses galères et sa fatigue. Aujourd’hui, le petit bébé va mieux et sa famille est vraiment heureuse de prendre le relais. La mère me confiait qu’elle était fière de pouvoir être à son tour une aide pour ses amies qui en ont besoin.

Une femme, mariée depuis 10 ans,  me racontait qu’elle était très touchée de la générosité de son mari. En en discutant avec lui, il lui a raconté combien l’exemple de son grand-père qu’il avait vu fréquemment avoir des intentions envers sa femme, des fleurs, un cadeau, une soirée au restau l’avait beaucoup inspiré. Et qu’il prenait beaucoup de plaisir à le reproduire !

Rien de mieux que la force de l’exemple en fin de compte. En éducation, il est compliqué de forcer les enfants à être généreux. En revanche, nous pouvons les forcer à partager. Mais comment leur faire vivre cela de bon cœur ? En fait, sans doute par l’exemple.

La générosité a-t-elle sa place dans le monde professionnel ?

Faut-il jouer des coudes pour avancer et faire valoir ses compétences ? Comment mettre en lumière tout le boulot effectué tout en laissant leur place aux autres ? Dans certaines entreprises, la passerelle est fine.

Une étude scientifique

Pourtant, Adam Grant, professeur de management à l’université de Pennsylvanie, s’est plongé dans le sujet en novembre 2013. Il a compilé ses propres travaux et plus de 50 ans de recherches en psychologie. En effet, dans son livre « Donnant, donnant : quand générosité et entreprise font bon ménage » (Éd. Pearson), Adam Grant explique que le secret de la réussite d’une carrière se trouve dans les interactions avec les autres.

Résultat, une personne généreuse, qui privilégiera l’interaction avec ses collègues, aurait davantage tendance à réussir sa vie professionnelle.

En fait, dans son ouvrage Adam Grant dessine le profil de trois types de personnes. Les premiers cherchent à recevoir des autres sans avoir à donner en retour. Les deuxièmes donnent seulement à hauteur de ce qu’ils reçoivent. Les troisièmes donnent sans attendre d’avoir reçu une quelconque faveur. L’univers professionnel a longtemps fait la part belle aux premiers, mettant l’accent sur la nécessité pour chacun de se méfier des intentions des autres. En toile de fond, une sorte de lutte silencieuse pour développer et maintenir un avantage compétitif.

Résultat de l’étude

En fait, ce que les travaux d’Adam Grant prouvent, c’est que contrairement aux idées reçues suivant lesquelles les deux premiers profils seraient mieux adaptés au monde de l’entreprise, ceux qui réussissent le mieux sont ceux qui donnent aux autres sans attendre d’être rétribués pour leurs efforts. Et parmi les altruistes, ceux qui tirent particulièrement leur épingle du jeu sont ceux qui donnent de leur temps et de leur personne sans pour autant sacrifier leur intérêt personnel.

Adam Grant propose ainsi un véritable programme Ressources Humaines. « Si l’on redéfinissait le succès professionnel de manière à englober la générosité, l’aide et le souci des autres, il y aurait des changements drastiques dans les organisations. Que ce soit au chapitre de l’embauche, de l’évaluation du rendement et de l’avancement. On ne tiendrait plus seulement compte de la productivité des employés, mais de ses répercussions sur les autres. ». Cela résonne en vous ?

Les bienfaits de la générosité dans le couple

Emma Seppälä, professeur à l’université de Yale et Stanford, directrice adjointe du Center for Compassion and Altruism Research and Education, prétend que le constat dressé par Adam Grant s’applique aussi aux relations de couple.

Alors que les donneurs s’épanouissent en comblant leur partenaire, à travers des petites attentions, cadeaux et compliments, les receveurs eux se contentent de prendre ce qu’on leur donne, sans aucune réciprocité. Ainsi, ils trouveront normal qu’on leur fasse des compliments sans jamais en faire en retour.

Enfin, les échangeurs parviennent eux à passer du statut de donneur à celui de receveur, créant une relation reposant sur le donnant-donnant. Et si la générosité était un carburant essentiel des couples qui durent ?

Les fausses croyances associées à la générosité

La générosité synonyme de prudence et justesse

Pour répondre à la rengaine « trop bon, trop con », être généreux est tout à fait compatible avec la prudence et la justesse.

Prudence de faire attention à soi. Comme par exemple faire en fonction de ses propres forces, sa propre fatigue. Prudence de ne pas distribuer sa générosité à l’aveuglette en s’oubliant. #70 je suis la priorité n°1

Justesse d’être en vérité. C’est être vrai, dans ses relations avec ceux qui nous entourent. Effectivement, distribuer des compliments à tout bout de champ pour faire plaisir risque parfois de sonner faux.  (# 78 Podcast Je suis vraie).

Dire non peut être une forme de générosité

Une autre croyance a la dent dure ! Une personne généreuse dit toujours OUI.

Autre petite pirouette lexicale : dire non, c’est souvent dire oui à quelque chose d’autre nous dit Thomas d’Ansembourg.

Quand je suis claire sur ce dont j’ai besoin, je peux alors être claire sur ce que je peux donner. Par exemple, nous sommes invités à dîner. En même temps j’ai eu une semaine éreintante. Je peux refuser l’invitation pour choisir d’être plus généreux avec mes enfants qui ne nous ont pas vus de la semaine. #38 j apprends à dire non

Les bénéfices

Être généreux éveillera toujours quoiqu’il en soit des sentiments po-si-tifs. Si vous avez du mal à être généreux et que vous avez du mal à donner, soyez admiratif des généreux ! Et l’admiration, ça reste positif !

Tout le monde est capable de générosité à des degrés différents. Chaque forme de générosité est bonne et a besoin d’être faite en fonction de soi et de ce dont on est capable.

L’objectif est de ressentir la vraie joie du don, dénué de tout intérêt personnel.

Être généreux…

Il est vrai toutefois qu’être généreux (de son temps, un service, un cadeau, un week-end de garde d’enfant) offre invariablement en retour quelque chose d’incompressible à celui qui donne : un sentiment de joie. Sénèque disait « s’il existe un plaisir à être généreux, cela ne fait pas du don une activité systématiquement intéressée ».

Le philosophe illustre son propos en prenant l’exemple du mourant rédigeant son testament. Qu’en retire-t-il pour lui-même au seuil de la mort ? Rien de personnel.  Au crépuscule de la vie, nous sommes riches de tout ce que nous avons donné. De tout l’amour et la joie que nous avons fait germer.

Allez hop, j’me lance !

En résumé

  1. La générosité est le plus beau virus du monde ! Transmettons-le sans modération.
  2. Elle est un puissant booster de relations amicales, sociales, professionnelles et amoureuses.
  3. La vraie joie du don est une générosité désintéressée.

A vous de jouer chers auditeurs, tirez une carte de 2 minutes ensemble !  Choisissez une personne de votre entourage et soyez généreux envers elle, en temps, par un cadeau ou par un geste !

La petite mousse est évidemment généreuse et nous vient de la belle comédienne Audrey Hepburn. Elle reste dans nos mémoires, non seulement pour sa beauté, mais aussi pour sa bonté. Audrey Hepburn nous dit « En vieillissant, vous vous rendrez compte que vous avez deux mains, l’une pour vous aider vous-même, l’autre pour aider ceux qui en ont besoin » Prendre soin de soi et prendre soin des autres sont les 2 mains d’une même personne. Alors, ne soyez pas manchots !