Une trahison. Une infidélité. Une humiliation par quelqu’un de confiance. Ces blessures-là, infligées par l’autre dans notre vie d’adulte, peuvent laisser des traces bien plus profondes qu’on ne l’imagine — précisément parce qu’elles viennent de personnes auxquelles on tenait.
Dans ce nouvel épisode avec Angélique Gimenez, psychologue spécialisée en psychotraumatologie, nous explorons ensemble les traumas relationnels : comment ils s’installent, pourquoi certains schémas douloureux se répètent, et surtout — comment, pas à pas, on peut se reconstruire. Avec en toile de fond une conviction : guérir, ce n’est pas oublier. C’est apprendre à ne plus laisser l’autre occuper un espace qu’il ne mérite plus.
« Guérir d’une trahison, ce n’est pas oublier, c’est décider que cette personne n’a plus le droit de louer de l’espace dans ta tête. »
« Une trahison, une infidélité, une humiliation qui ne passe pas… Ces blessures aussi peuvent devenir des traumas. »
On parle souvent des blessures d’enfance. Mais qu’en est-il des blessures que l’autre nous inflige dans notre vie d’adulte ? Un amour qui s’arrête brutalement. Une trahison par quelqu’un de confiance. Un manager ou un proche qui laisse des traces. Ces blessures-là, elles aussi, peuvent s’encoder comme des traumas — et façonner durablement notre rapport aux autres.
Qu’est-ce qu’un trauma relationnel ?
Le trauma relationnel, c’est une famille à part dans le monde des traumas. Il regroupe tout ce qui blesse dans le lien à l’autre : trahison, humiliation, rupture, mais aussi les blessures répétées dans l’enfance au sein de la famille.
Ce qui le rend particulier ? Pour guérir d’un trauma, nous avons besoin d’une aide relationnelle. Mais quand c’est précisément la relation qui a blessé, aller vers l’autre devient la chose la plus difficile à faire. C’est ce paradoxe qui rend ce type de trauma si délicat à traverser.
Pourquoi les blessures des proches font-elles plus mal ?
La réponse est dans la question : un proche, c’est quelqu’un avec qui on a tissé un lien fort, de qui on attendait bienveillance et protection. Quand cette personne-là blesse, choque ou trahit — même sans le vouloir — l’effet est d’autant plus violent. On chute de plus haut.
Et ce n’est pas toujours la personne « objectivement" la plus proche qui fait le plus mal. C’est celle à laquelle on tenait le plus. Une sœur peut avoir été une figure d’attachement plus forte qu’un parent. Un meilleur ami d’adolescence peut laisser une trace plus profonde qu’une rupture amoureuse.
« C’est pas à nous, vu d’extérieur, de juger de l’intensité de la blessure. C’est normal et naturel de ressentir la douleur ainsi. » — Angélique Gimenez
Dans la vie d’adulte, nos figures d’attachement évoluent : un conjoint, un mentor, un collègue admirable peuvent occuper cette place. Et une rupture avec eux peut être tout aussi traumatique qu’une blessure familiale.
Pourquoi reste-t-on parfois dans des relations qui font mal ?
C’est l’une des questions les plus délicates autour des traumas relationnels. Et la réponse n’a rien de honteux : ce n’est pas un choix, c’est une matrice intérieure.
Quand un enfant grandit dans un environnement où l’amour s’accompagne régulièrement de remontrance, de vexation ou de maltraitance, son cerveau encode inconsciemment une équation : « être aimé = être en partie malmené". Plus tard, une personne douce et bienveillante peut sembler suspecte — parce que inconnue.
Ce n’est pas de la faiblesse. C’est ce qu’Angélique Gimenez appelle le schéma relationnel interne : une carte du monde affectif gravée dès l’enfance, qui guide vers ce qui est connu — même si ce connu fait souffrir.
« Si tu ne me malmènes pas, t’es trop gentil avec moi… mais je connais pas ce truc-là, moi. » — Angélique Gimenez
La rupture amoureuse et l’infidélité : un sinistre intérieur
Tomber amoureux, c’est partager un degré d’intimité unique — vivre ensemble, dormir sous le même toit, se montrer vulnérable. Le cerveau rapproche instinctivement ce vécu de la famille d’origine. C’est pourquoi, quand le couple se brise — surtout sur fond de trahison — l’effet est dévastateur : on perd confiance en l’autre, en soi, et dans la relation elle-même.
Angélique Gimenez emploie un mot fort : on est sinistré. Comme après un désastre, il faut tout rebâtir. Et si au départ les attachements étaient déjà fragiles, et que cette personne avait réparé quelque chose de profond… la chute est encore plus douloureuse.
Autre piège fréquent : en enchaînant les relations sans pause ni réflexion, on rejoue les mêmes schémas avec des personnes différentes. Non pas par malchance, mais parce qu’on attire — et qu’on est attiré par — des « morceaux de puzzle" qui s’emboîtent avec nos propres blessures.
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Par où commencer pour se reconstruire ?
La réponse d’Angélique Gimenez est directe : il faut oser aller vers quelqu’un. Un thérapeute, un ami de confiance, un mentor. Quelqu’un capable de redonner confiance — parce que ce que certains ont détruit, d’autres peuvent aider à reconstruire.
Raphaëlle de Foucauld propose un chemin en trois temps : d’abord la conscience de soi (« qui suis-je, quels sont mes talents, mes forces"), puis l’estime de soi (« j’aime qui je suis"), et enfin la confiance en soi — reconstruite pas à pas, petite réussite après petite réussite.
« On ne peut pas reconstruire la confiance en soi sans l’autre. Le cerveau humain est câblé pour passer par l’autre. » — Angélique Gimenez
Le chemin peut aussi passer par un retour aux bases : retrouver une grand-mère, un parent, quelqu’un qui a contribué à bâtir la confiance initiale. Parfois, la meilleure reconstruction de la confiance en soi commence par une personne en qui on aurait plus confiance qu’en soi-même.
Pardon, excuses, réparation : ce qu’on confond
On entend souvent qu’il faut pardonner pour guérir. Angélique Gimenez nuance avec finesse : avant même le pardon — un mot qu’elle trouve très fort — il y a quelque chose de plus accessible et de tout aussi libérateur : savoir présenter ses excuses, sincèrement, et se demander comment réparer.
Pardonner à l’autre, se pardonner à soi-même, pardonner à l’humanité d’être imparfaite… Ce n’est pas un geste magique. C’est un chemin. Et il passe par la responsabilité partagée : dans une relation, chacun tient un bout du fil.
Raphaëlle de Foucauld ajoute une clé essentielle : ne pas laisser à l’autre la télécommande de son bien-être. « La seule personne sur laquelle j’ai du pouvoir, c’est moi-même."
Guérir : ce que ça change vraiment
Au fil du travail thérapeutique, quelque chose de concret change : le discours intérieur s’apaise. On parle moins des autres en termes critiques. On reprend goût à la relation, à la conversation, à la joie d’être ensemble. Les phrases maladroites d’autrui glissent, au lieu de blesser. On sait les décoder.
Angélique Gimenez parle d’« appétit de relation" : le signe que la reconstruction est en marche. Et elle rappelle quelque chose d’essentiel : se protéger des autres, c’est aussi s’empêcher de vivre. L’humain est un être de relation — en éviter la relation, c’est perdre la connexion à soi-même.
« À deux, on est forcément plus intelligent. L’humain est un être de relation. C’est en la cultivant qu’on grandit. » — Angélique Gimenez
Guérir, ce n’est pas oublier
C’est peut-être la conviction la plus libératrice de cet épisode. Guérir, ce n’est pas effacer. C’est apprendre. La blessure laisse une cicatrice — elle n’est plus douloureuse, mais elle est là. Et cette trace, loin d’être une faiblesse, devient une forme de sagesse post-traumatique : une finesse acquise, une attention accrue à soi, à l’autre, et à la relation.
Angélique Gimenez conclut avec tendresse : avec du temps et du travail, on peut même en arriver à remercier ce qui nous a blessé — parce que c’est souvent grâce à cela qu’on fait tellement mieux après.
La petite mousse de cet épisode
« Guérir d’une trahison, ce n’est pas oublier, c’est décider que cette personne n’a plus le droit de louer de l’espace dans ta tête. »
— Auteur inconnu
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Questions fréquentes sur les traumas relationnels
Est-ce qu’une rupture amoureuse peut vraiment être traumatique ?
Oui, absolument. Une rupture — surtout quand elle est brutale ou accompagnée d’une trahison — peut s’encoder comme un véritable trauma. Le couple implique un degré d’intimité unique : on se montre vulnérable, on partage le quotidien, on abaisse toutes ses défenses. Quand ce lien se brise, c’est l’ensemble du système de confiance — en l’autre, en soi, dans la relation — qui peut s’effondrer d’un coup.
Pourquoi est-ce que je retombe toujours sur le même type de personne ?
Ce n’est pas une malédiction — c’est un schéma. Notre cerveau est attiré par ce qui lui est familier, même si ce familier n’est pas bon pour nous. Si l’enfance nous a appris qu’être aimé s’accompagne d’une certaine forme de maltraitance, une personne bienveillante peut sembler suspecte ou ennuyeuse. Le travail thérapeutique permet de prendre conscience de ce schéma — et de choisir autrement.
Faut-il obligatoirement pardonner pour guérir d’une trahison ?
Pas nécessairement. Le pardon est un mot très fort, et le forcer peut faire plus de mal que de bien. Ce qui guérit, c’est davantage d’apprendre à ne plus laisser à l’autre le pouvoir d’occuper un espace dans votre tête et votre cœur. Présenter des excuses sincères (ou les recevoir), reconnaître la responsabilité partagée, et chercher comment réparer — voilà des étapes plus accessibles et tout aussi libératrices.
Comment savoir si j’ai vécu un trauma relationnel ?
L’un des signes les plus révélateurs : il y a un avant et un après. Si depuis un événement précis — une trahison, une rupture, une humiliation — vous avez du mal à aller vers les autres, à faire confiance, ou si vous portez un fond d’anxiété ou de tristesse qui ne passe pas, c’est peut-être le signe que quelque chose mérite d’être éclairé et accompagné.
Peut-on se reconstruire seul après une blessure relationnelle ?
Très difficilement. Le paradoxe du trauma relationnel, c’est que ce qui a blessé dans la relation se répare dans la relation. Le cerveau humain est câblé pour passer par l’autre. La reconstruction peut passer par un thérapeute, un ami de profonde confiance, un mentor, ou même un proche qui nous a porté dans l’enfance. L’essentiel : trouver quelqu’un auprès de qui on se sent vraiment important et en sécurité.
Guérir d’un trauma relationnel, ça veut dire quoi concrètement ?
Cela ne veut pas dire oublier. La cicatrice reste — mais elle n’est plus douloureuse. Concrètement, on observe : un discours intérieur plus apaisé envers les autres, un renouveau d’envie de connexion, une capacité à laisser glisser les phrases maladroites sans se sentir attaqué(e). Et parfois, beaucoup plus tard, on réalise qu’on est devenu plus fin, plus attentionné, plus sage — précisément grâce à ce qu’on a traversé.