Le harcèlement ne se résume pas à un conflit ni à une simple maladresse. Il repose sur une dynamique relationnelle faite de répétition, d’asymétrie de pouvoir et de souffrance durable. Dans cet article issu du podcast Bulle de Bonheur, nous posons un cadre clair pour comprendre ce qu’est réellement le harcèlement, comment il se manifeste dans différents contextes (école, travail, couple, famille) et quelles en sont les conséquences psychologiques profondes. Avant de chercher à agir, il est essentiel de comprendre.

Je pense à ma fille qui rentre de l’école un peu plus silencieuse chaque jour. Rien de spectaculaire. Juste des petites remarques qui reviennent, des blagues qui piquent, des mises à l’écart discrètes. Normal pour des jeunes ados.

Je me revois aussi au travail, ou je commence à douter de tout ce que je fais… Parce qu’à chaque réunion, il y a cette phrase que j’entends sur ma lenteur, toujours la même, dite avec le sourire… mais jamais par hasard.

Pris séparément, tout ça peut sembler anodin. Mis bout à bout, ça m’abîme profondément et je vois ma fille plonger.

Et là, ça me chicotte de voir à quel point je tais ce qui ne fait pas de bruit et je minimise ma souffrance et celle de ma fille. Alors comment faire dans un monde où, quoi qu’il arrive, l’agressivité existera toujours ?

Qu’est-ce que le harcèlement ?

Avant de parler de solutions, de prévention ou d’accompagnement, il est essentiel de s’arrêter sur une question simple… en apparence : qu’est-ce que le harcèlement ?

Parce que tout conflit n’est pas du harcèlement. Parce que toute maladresse n’en est pas non plus. Et parce qu’à force d’utiliser ce mot pour désigner des réalités très différentes, on finit par ne plus savoir de quoi on parle.

Harcèlement et conflit : une confusion fréquente

Un conflit, c’est une opposition ponctuelle. Deux points de vue qui s’affrontent. Deux besoins qui ne sont pas alignés. Dans un conflit, les rôles peuvent s’inverser. La parole circule, même difficilement. Chacun peut, à certains moments, avoir du pouvoir.

Le harcèlement, lui, repose sur une dynamique asymétrique. Il ne s’agit pas d’un désaccord, c’est une relation de domination. C’est une mécanique qui s’installe dans le temps.

Les trois critères fondamentaux du harcèlement

Pour parler de harcèlement, trois critères doivent être réunis. Ils sont valables quel que soit le contexte. Il s’agit de la répétition, de l’asymétrie de pouvoir et de la souffrance.

Le harcèlement, ce ne sont pas forcément des insultes frontales tous les jours.
Bien souvent, il s’installe dans des choses petites… qui reviennent.

Par exemple… Des remarques qui reviennent comme « T’es encore en retard… comme d’habitude. » Ou bien « De toute façon, toi, t’es toujours à côté de la plaque, » « Laisse, on va le faire sans toi, ce sera plus simple. » Ou encore « C’est bon, on connaît ton niveau… »

Une fois, ça peut passer pour une maladresse. Quand ça revient, semaine après semaine, le message devient clair : tu n’es pas à la hauteur.

Des gestes répétés

Le harcèlement passe aussi par des attitudes comme bousculer toujours la même personne dans le couloir ou pousser son cartable, toucher ses affaires sans autorisation. Cela peut s’accompagner du fait de lever les yeux au ciel dès qu’elle parle ou soupirer ostensiblement quand elle arrive.

Ce sont des gestes discrets, souvent difficiles à signaler, qui installent une humiliation quotidienne.

Des mises à l’écart constantes

La personne harcelée peut souffrir du fait de ne jamais être choisie dans les groupes ou apprendre qu’une sortie, un anniversaire, un déjeuner a eu lieu sans elle. À cela peut s’ajouter le fait de ne pas être invitée dans les conversations WhatsApp ou Teams.. Ou se voir attribuer systématiquement les tâches les moins valorisées.

La mise à l’écart ne fait pas de bruit. Cependant, elle dit : tu ne fais pas partie du groupe.

Enfin, des sous-entendus réguliers

Il peut être difficile de s’entendre dire « Ah, tu l’as fait comme ça… intéressant. » Ou « c’est courageux d’oser porter ça. ».

Un autre exemple : « Tu prends ça mal ? C’était de l’humour. On ne peut plus rien dire avec toi. »

Le sous-entendu est redoutable, parce qu’il laisse la victime sans possibilité de réponse claire.
Si elle réagit, elle devient trop sensible. Si elle se tait, le message s’installe.

Pris séparément, chacun de ces comportements peut sembler anodin. Cependant quand ils s’additionnent et se répètent, ils construisent une réalité relationnelle violente.​

jeu de question pour la famille - 2 minutes de bonheur

Envie de multiplier les moments complices en famille ? Ouvrir un espace de confiance parents/enfants pour libérer la parole ?

Le jeu de conversation 2 minutes de bonheur® en famille est fait pour vous !

Les différentes formes de pouvoir dans le harcèlement

Dans le harcèlement, les forces ne sont pas égales. Le pouvoir peut être physique, psychologique, hiérarchique, social, symbolique ou numérique.

Qu’est-ce qu’est le pouvoir symbolique ?

Le pouvoir symbolique est un pouvoir qui ne repose ni sur la force physique, ni forcément sur une position officielle. Il repose sur la place que quelqu’un occupe dans l’imaginaire du groupe. C’est le pouvoir qu’a une personne parce qu’elle est reconnue, admirée, populaire… Ou bien qu’elle fait peur, qu’elle fait rire et représente la norme. La personne harcelée incarne alors ce qui est jugé “pas normal”. Ce pouvoir n’est pas écrit. Il n’est pas affiché. Cependant, tout le monde le ressent.

Pourquoi parle-t-on de “symbolique” ?

Parce que ce pouvoir fonctionne par signes : un regard, un silence, une blague, une réputation, une étiquette.

Il n’a pas besoin de violence directe pour agir. Le groupe comprend très vite qui a le droit de parler… et qui ferait mieux de se taire.

Voilà des exemples très concrets :

À l’école :

C’est l’élève populaire qui décide qui est “cool” et qui ne l’est pas, ou bien celui ou celle dont les moqueries font rire toute la classe. C’est l’enfant que tout le monde imite, regarde, suit.

Quand cette personne se moque, le groupe rit. Quand elle ignore quelqu’un, le groupe l’ignore aussi.

À l’âge adulte cela peut exister dans les relations professionnelles :

Il peut exister la personne “incontournable”, même sans statut hiérarchique, celle dont l’avis fait autorité ou celle que tout le monde craint de contrarier.

Une remarque ironique de sa part suffit à disqualifier quelqu’un.

Le cercle de la famille n’est malheureusement pas exempt du harcèlement :

Ce peut être un parent qui détient la vérité ou un membre de la famille dont la parole n’est jamais remise en question. C’est l’oncle qui impose “ce qui se fait” ou “ce qui ne se fait pas”.

La domination passe par les normes, pas par les cris.

Enfin le harcèlement peut évidemment apparaître dans un groupe d’amis ou un couple :

Vous connaissez tous celui ou celle qui décide du rythme, des sujets, de ce qui est acceptable. Ou encore celui dont l’humour définit la limite entre “c’est drôle” et “tu exagères”.

Pourquoi le pouvoir symbolique est si puissant dans le harcèlement

Parce qu’il est difficile à dénoncer, il laisse peu de traces, il isole très vite la victime.

Quand une personne dotée de pouvoir symbolique attaque, le groupe valide, souvent sans s’en rendre compte. La victime se retrouve alors seule face au regard des autres, et c’est souvent ce regard-là qui fait le plus mal.

La souffrance au cœur du harcèlement

C’est souvent le critère le plus minimisé… et pourtant le plus important. Le harcèlement provoque une souffrance réelle, même si elle est invisible. Même si elle n’est pas immédiatement verbalisée. Même si la personne minimise elle-même ce qu’elle vit.

Dire à celui qui est harcelé « ce n’est pas si grave » revient à nier cette réalité intérieure.

Quand on parle de harcèlement, on se focalise souvent sur les faits. Ce qui a été dit. Ce qui a été fait. Or, le cœur du harcèlement, ce n’est pas l’acte en lui-même. C’est la souffrance qu’il provoque. Une souffrance qui s’installe. Qui dure. Qui s’infiltre dans toutes les sphères de la vie.

Une souffrance souvent invisible

La souffrance liée au harcèlement n’est pas toujours spectaculaire. Il n’y a pas forcément de cris. Pas forcément de larmes. Pas toujours de mots. Bien souvent, elle est silencieuse.

La personne harcelée apprend à  minimiser ce qu’elle vit. Elle se dit que “ce n’est pas si grave”, elle peut douter de sa propre perception, s’adapter pour éviter d’attirer l’attention. Et plus elle s’adapte, plus la souffrance s’enracine.

Une atteinte profonde de l’estime de soi

À force de remarques, de mises à l’écart, de sous-entendus, quelque chose se fissure à l’intérieur. La personne ne se demande plus : « Pourquoi l’autre agit comme ça ? » Elle se demande : « Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? »

C’est là que le harcèlement devient particulièrement destructeur. Il ne fait pas seulement mal sur le moment. Il transforme le regard que la personne porte sur elle-même.

Peur, honte et culpabilité

La peur comme toile de fond

La souffrance du harcèlement est souvent traversée par la peur. Peur de retourner dans le lieu où ça se produit, de croiser certaines personnes, de parler et d’aggraver la situation, de ne pas être cru, d’être encore plus isolé. Cette peur peut devenir constante, diffuse, épuisante.

La honte et la culpabilité

Beaucoup de victimes ressentent de la honte. Comme la honte de ne pas savoir se défendre, celle de “laisser faire”. Ou bien encore la honte d’avoir peur.  Je réussis à vaincre la honte #160 et  Explorer la honte #269.

Elles peuvent aussi se sentir coupables : « Si je réagissais autrement, ça s’arrêterait peut-être. », « Si je n’étais pas comme ça… » Voici des épisodes à réécouter sur la culpabilité #272 et sur Savoir comment sortir de la culpabilité #50.

Cette culpabilité est un poison silencieux. Elle enferme et empêche de demander de l’aide.

Le sentiment d’impuissance

C’est sans doute l’émotion la plus dangereuse. Quand une personne a l’impression que quoi qu’elle fasse, ça ne change rien, que parler empire la situation et se taire ne la protège pas, elle peut entrer dans un état d’impuissance profonde. Chez certains enfants, certains adolescents, certains adultes, ce sentiment peut aller jusqu’à des idées suicidaires par désir d’échapper à une situation vécue comme sans issue.

Une souffrance qui déborde du lieu du harcèlement

La souffrance ne reste jamais confinée. Un enfant harcelé ne souffre pas uniquement à l’école.
Un adulte harcelé ne souffre pas uniquement au travail. La douleur déborde à la maison, dans le sommeil, dans la relation aux autres, dans la capacité à se projeter.

Le harcèlement vole de l’énergie, de la confiance, de la sécurité intérieure.

Pourquoi cette souffrance est si souvent minimisée

Parce que, vue de l’extérieur, elle est difficile à mesurer. Le harcelé entend « À mon époque, c’était pire. », « Il faut apprendre à être plus fort. » « C’est pas si grave ». On lui demande de relativiser, de se comparer… Mais la souffrance ne se compare pas. Elle se reconnaît.

Et reconnaître la souffrance ne signifie pas enfermer la personne dans un statut de victime.
Cela signifie lui donner une base solide pour se reconstruire.

C’est précisément parce que la souffrance est réelle, profonde et durable que la réponse ne peut pas être uniquement protectrice ou punitive.

Si l’on protège sans outiller, on confirme l’impuissance. Si l’on punit sans comprendre, on alimente la colère.

Apprendre à faire face sans se perdre, c’est aider la personne à sortir de la honte, de la peur et de l’impuissance, pour retrouver une capacité d’action, de parole et de dignité.

newsletter 2 minutes de bonheur

Prenez le temps d’être heureux et inscrivez-vous à notre newsletter #lapétillante et recevez un bon de 5% de réduction sur toute notre boutique

Comment la souffrance se manifeste selon l’âge

La souffrance ne s’exprime pas de la même manière chez un enfant, un adolescent ou un adulte. Pourtant à chaque âge, elle raconte la même chose : une perte de sécurité intérieure, une atteinte de l’estime de soi, une peur persistante, un sentiment d’impuissance.

Chez l’enfant

Chez l’enfant, la souffrance passe souvent par le corps et le comportement, bien plus que par les mots.

Des exemples très fréquents : des maux de ventre ou de tête récurrents, surtout les matins d’école. il peut y avoir des troubles du sommeil, des cauchemars ou des réveils nocturnes. Ou encore une grande fatigue sans raison médicale apparente, une perte d’appétit ou, au contraire, des compulsions alimentaires. Il existe aussi comme une régression : une énurésie, un besoin excessif de proximité ou des pleurs inhabituels.

Sur le plan émotionnel, l’enfant peut se dévaloriser : « je suis nul », « je fais tout de travers ». Il peut devenir très irritable ou au contraire très effacé, éviter certains lieux, certaines activités qu’il aimait auparavant. Ce qui est frappant, c’est que l’enfant ne dit pas toujours ce qu’il vit.
Mais il le montre…

Chez l’adolescent

Chez l’adolescent, la souffrance est souvent plus complexe à repérer, parce qu’elle se mêle aux bouleversements propres à cet âge.

Elle peut se manifester par un repli massif sur soi, une chute brutale de la motivation scolaire, un décrochage, une déscolarisation progressive, une hyperconnexion aux écrans. Ou, au contraire, une disparition des réseaux, une irritabilité constante, parfois de l’agressivité à la maison.

Sur le plan intérieur, beaucoup d’adolescents vivent une honte intense, la peur d’être encore plus rejetés s’ils parlent. Ils peuvent ressentir un sentiment d’incompréhension profonde : « personne ne peut comprendre ».

Certains développent des conduites à risque, se font des scarifications, ou ont des idées noires. Non pas pour attirer l’attention mais simplement pour tenter de reprendre un minimum de contrôle sur une souffrance vécue comme envahissante.

Chez l’adulte

Chez l’adulte, la souffrance est souvent encore plus silencieuse. Parce qu’un adulte “devrait savoir se défendre”. Parce qu’il a honte d’en être là ou parce qu’il craint de ne pas être pris au sérieux.

Cette souffrance peut se traduire par une anxiété chronique, une perte de confiance en ses compétences, un épuisement émotionnel, voire un burn-out. Elle peut aussi entraîner des troubles du sommeil et des ruminations permanentes.

Au travail, la personne peut se sentir constamment sur la défensive, douter de chacune de ses décisions. Elle va anticiper le regard ou les remarques de certains collègues, perdre tout plaisir dans son activité professionnelle.

Dans la sphère intime, elle peut s’isoler, devenir irritable ou au contraire s’effacer, perdre le sentiment d’être légitime dans la relation.

Le harcèlement n’est pas une question de différence

Contrairement à une idée reçue très répandue, les personnes ne sont pas harcelées à cause de leurs différences. La différence sert de prétexte. L’objectif réel est ailleurs : prendre l’ascendant, installer un pouvoir, tester l’emprise.

Quand une personne réagit par la peur, la fuite, la soumission ou la dénonciation systématique, elle devient malgré elle une cible “intéressante” pour un harceleur.

Cela ne signifie jamais qu’elle est responsable. Cela explique simplement la logique du mécanisme.

Le harcèlement : une dynamique relationnelle, pas un problème individuel

Le harcèlement ne se joue jamais à deux uniquement. Il y a toujours : un harceleur, une victime, un ou plusieurs témoins. Et souvent, un système qui laisse faire, banalise, ou ne sait pas comment intervenir.

C’est pour cela que le harcèlement persiste malgré les sanctions. Parce que l’on traite des individus… sans transformer la dynamique relationnelle.

Le vrai enjeu n’est pas d’empêcher toute agressivité, c’est apprendre à y faire face sans se perdre.

Tant que l’on cherchera à supprimer toute agressivité, on continuera à produire de l’impuissance chez les victimes et de la colère chez les harceleurs.

Apprendre à faire face, c’est comprendre les mécanismes, reconnaître la souffrance, développer des compétences relationnelles, émotionnelles et communicationnelles.

C’est ce dernier point que nous allons voir dans notre prochain épisode.

En résumé, le mécanisme du harcèlement

  • Est une dynamique relationnelle répétée et asymétrique.
  • Repose sur la souffrance durable qu’il provoque, souvent invisible.
  • En comprendre les ressorts est une étape indispensable avant toute action ou prévention.

A vous de jouer chers auditeurs, la carte de 2 minutes de bonheur, vous questionne : « Comment réagissez-vous face à de l’agressivité : je m’écrase, j’attaque… ou je disparais ? »

Avec bulle de Bonheur, prenez le temps d’être heureux !

La Petite Mousse de 2 minutes de Bonheur

« La violence commence là où la parole est confisquée. »

Serge Tisseron

Petite mousse- 2 minutes de bonheur

Vos questions les plus fréquentes

Je me demande si ce que je vis est vraiment du harcèlement

Si les situations sont répétées, qu’il existe un déséquilibre de pouvoir et que cela génère une souffrance durable, alors il est important de ne pas minimiser et de mettre des mots sur ce que vous vivez.

Est-ce que le harcèlement existe aussi chez les adultes ?

Oui. Le harcèlement peut se manifester au travail, dans le couple ou dans la famille. Les mécanismes sont les mêmes que chez les enfants, mais souvent plus silencieux.

Pourquoi le harcèlement est-il si difficile à repérer ?

Parce qu’il repose souvent sur des micro-violences, des sous-entendus, des silences ou des mises à l’écart, qui laissent peu de traces visibles mais provoquent une souffrance réelle.

Instagram 2 minutes de bonheur
facebook 2 minutes de bonheur
You tube 2 minutes de bonheur
Pinterest 2 minutes de bonheur