La honte… J’ai voulu réseauter un peu et je suis allée à un after-work avec ce groupe de gens du bureau qui ont l’air très cools. L’horreur ! Je me suis sentie complètement décalée, absolument pas intéressante et pas du tout à ma place ! J’avais tellement honte de moi. Evidemment, le lendemain, j’étais la seule maman absente lors de l’événement de levée de fonds pour le voyage de classe de mon fils. Encore un club auquel je ne peux pas appartenir à cause de mon emploi du temps professionnel. De toute façon, je fuis beaucoup ces rassemblements de femmes. J’y suis souvent mal à l’aise. Je suis trop grande, trop costaude, pas assez bien coiffée ou habillée, pas assez passionnée par la petite enfance. Et là, ça me chicotte, je devrais être capable d’affronter ma différence ! Quels sont les ressources à ma disposition pour me sentir moins honteuse et affronter un peu mieux ces situations d’inconfort ?

Peut-on ne plus ressentir de honte ?

Pouvons-nous nous prémunir définitivement contre son inconfort ? Non, nous dit Brené Brown. Cependant, nous pouvons développer notre résilience à la honte. La chercheuse américaine a développé son propre modèle de résilience. Il oppose la honte, la peur, la critique et le rejet à leur pendant beaucoup plus vertueux fait d’empathie, de courage, de compassion et de lien. Comment passer de la honte à la résilience ? D’après ses recherches et ses multiples interviews avec des femmes de tous horizons, cela repose sur la force essentielle de l’empathie. Non seulement sur notre besoin d’empathie mais aussi sur notre capacité à en faire preuve et à nourrir ainsi des liens sains et durables. Elle a démontré que les femmes les plus résilientes à la honte bénéficiaient et offraient le niveau le plus important d’empathie.

Alors, qu’est-ce que l’empathie ?

Brené Brown la définit comme « la capacité à puiser dans ses propres expériences pour s’identifier avec l’expérience de quelqu’un ». C’est la capacité que nous avons de percevoir et ressentir une situation avec les lunettes de quelqu’un d’autre. Cela va bien au-delà d’avoir les bons mots compatissants au bon moment. C’est toute une attitude d’attention et d’écoute de l’autre pour se plonger dans son ressenti. Cela suppose de laisser totalement de côté notre propre jugement sur la situation, qu’il soit ou non bienveillant.

La honte concrètement

Par exemple, tourner en dérision la moquerie qu’a reçu votre amie lors d’une réunion pour l’aider à passer à autre chose. Cela n’est pas vraiment faire preuve d’empathie. C’est appliquer votre propre prisme, votre propre appréciation de la situation et de la tendance de votre amie à en faire tout un fromage. Votre amie risque de se sentir rejetée alors qu’elle attend que vous l’acceptiez telle qu’elle est. #28 j’apprends à écouter Faire preuve d’empathie n’est pas inné, c’est un grand talent qui se cultive. Les études démontrent combien l’empathie est corrélée au succès. Et notamment combien les entrepreneurs et les dirigeants les plus empathiques conduisent les organisations les plus profitables.

Les résilients à la honte comprennent les déclencheurs de la honte

Généralement, nous savons tous rapidement identifier un moment de honte grâce aux sensations physiques qui surgissent. Dans mon cas, des bouffées de chaleur et des rougissements. C’est très inconfortable et en même temps, c’est un formidable signal qui pointe vers ce que je peux analyser. Qu’est ce qui déclenche ma honte ?

La honte et les identités indésirables

Trois chercheurs de l’Université de Californie l’ont résumé à un concept clef : les identités indésirables. Elles se regroupent dans des domaines qui font le plus souvent naître la honte. Ce sont l’apparence et l’image de son corps, la maternité, la famille, l’éducation des enfants. mais aussi l’argent et le travail, la santé physique et mentale, la sexualité. Ou encore le vieillissement, la religion, les stéréotypes et les étiquettes, l’expression des opinions et les traumatismes.

La honte nait des biais de perception

Dans tous ces domaines, nous avons tous des biais qui nous ont été transmis par les écosystèmes dans lesquels nous avons évolué. Ces biais conditionnent ce que nous rangeons aujourd’hui dans la catégorie « identité indésirable ». C’est-à-dire non digne d’amour, qui fait barrière au sentiment d’appartenance et qui exclut. Par exemple, j’ai une amie qui a été élevée dans une famille dans laquelle le travail était la valeur cardinale. Par la suite, elle a étudié en prépa. Et elle s’est révélée tout au long de sa vie incapable de ralentir, de se laisser aller à la facilité, de se mettre en pause. Il lui a toujours été très difficile de ne rien faire tant elle était persuadée que la fainéantise était vraiment le pire de tous les vices.

Autre exemple de honte héritée

C’est aussi la visite en famille chez une vieille tante très sensible à la bonne éducation où les enfants se tiennent mals se mettent les doigts dans le nez et sortent des gros mots malgré les recommandations faites avant !

Reconnaître les déclencheurs de la honte

Reconnaitre les déclencheurs de sa propre honte permet de passer du mode confus de la honte qui fait obstacle à l’action et nous donne une piteuse image de nous-même au mode bien plus riche qu’est la vulnérabilité. C’est un thème que nous avions abordé dans notre épisode #49 Je montre ma vulnérabilité. Reconnaitre sa vulnérabilité nous permet d’aborder les sujets d’inconfort, de les creuser et de développer des stratégies pour mieux vivre avec ce qui nous met mal à l’aise.

Admettre sa vulnérabilité pour se débarrasser de la honte

Là où la honte nous conduit vers des stratégies d’évitement comme la fuite ou l’agressivité, admettre sa vulnérabilité est une démarche constructive. Elle exige de baisser sa garde et demande du courage. Cela permet de mieux se connaitre et de mieux se connecter aux autres. Notamment, admettre sa vulnérabilité permet de se confier aux autres et d’ouvrir la porte vers des demandes et du soutien. Vous pouvez aller faire un tour vers notre épisode #69 Je pratique l’art de la demande pour apprendre à formuler des demandes.

Exemple

Par exemple, en tant que mère, je ne me retrouve pas toujours dans les modèles de parentalité positive qui sont très en vogue en ce moment. Je me sens souvent honteuse lorsque l’une de mes amies me qualifie d’autoritaire, de « Général ». Avant, j’avais tendance à réagir avec une remarque ironique ou une vanne. Je changeais de sujet de conversation ou de comportement avec les enfants pour lui donner tort. Maintenant que je l’ai admis, je peux leur en parler et leur expliquer que ce jugement me blesse. Qu’il me donne l’impression que je suis une mère au rabais, sans amour. Une mère qui gère ses enfants comme un planning de projet ou une présentation powerpoint. Alors que ma fermeté est là pour faire respecter un cadre que je juge sécurisant pour les petits enfants. Ça nous a permis aussi d’exprimer nos ressentis et envies différentes par rapport à la maternité, cela nous a rapproché de partager nos différences.

Les résilients à la honte font preuve d’un grand sens critique

Brené Brown définit le sens critique comme « le concept selon lequel on accroit ses ressources personnelles en comprenant le lien entre ses expériences personnelles et les systèmes sociaux ». Autrement dit, c’est notre capacité à prendre du recul par rapport à notre expérience personnelle pour comprendre que nous ne sommes pas seuls à ressentir ou traverser la même chose. La honte fonctionne comme un zoom. Elle fait un focus sur ce que nous vivons et nous donne l’impression d’être complètement isolés dans nos faiblesses. Faire preuve de sens critique par rapport à une situation de honte c’est dézoomer et confronter les déclencheurs de notre honte avec les injonctions sociales qui les nourrissent.

Exemple de honte

Par exemple, j’ai honte de mes cheveux blancs et de mes rides naissantes ! Si je prends du recul, ces cheveux blancs ne me dérangent pas tant que ça. Je ne trouve pas ça laid ou négligé. Ce qui me dérange c’est que l’on puisse me penser vieille. Pourquoi ? Parce que la société glorifie la jeunesse. Est-ce que j’ai du contrôle sur mon âge et les marques du temps sur mes cheveux ou mes rides ? Non. Alors autant laisser tomber tout de suite et m’en rappeler la prochaine fois que j’en aurai honte. Ce n’est pas une solution miracle bien sûr. Cependant, cela aide à développer une résilience à la honte et aux réactions qu’elle déclenche.

Brené Brown nous conseille pour exercer notre sens critique face à la honte

Contextualiser

Replacer la situation dans un contexte général. Quels sont les biais sociétaux associés à mon expérience ? Quelles sont les injonctions qui peuvent expliquer ma réaction et n’ont rien à voir avec moi ? N’oubliez pas que la honte est avant toute chose un concept social, elle n’existe que par le regard des autres. Comment vivent aujourd’hui ceux qui ont quelques kilos de trop ? Du temps de Rubens ils auraient été glorifiés ! Vous pouvez réécouter notre premier épisode sur Brené Brown le #141 Je ne peux pas plaire à tout le monde pour un récapitulatif sur le concept de honte.

Normaliser

Se rendre compte que nous ne sommes pas seuls, que notre expérience n’est pas isolée. Comme ce sentiment atroce d’avoir raté un examen (je suis sûre de ne pas être la seule !)

Démystifier

Briser le mystère qui entoure une expérience en transmettant ce que je sais ou ce que j’ai compris aux autres. Par exemple être heureux d’être boulanger quand travailler dans un cabinet de conseil est le must !

Ceux qui réussissent à vaincre la honte souhaitent se rapprocher des autres

Entretenir des relations solides est une composante de notre bien-être durable. C’est notre cher Martin Seligman qui nous le dit. Si vous souhaitez approfondir les bienfaits du lien social, vous pouvez réécouter notre épisode #79 Je créé du lien social.

Se rapprocher des autres quand on a honte

Dans le contexte de la honte, se rapprocher des autres permet d’en briser une composante primordiale : l’isolement. Nous n’allons pas être sauvés par les autres ou les sauver nous-mêmes. Cependant, le partage et l’échange permettent de renforcer l’estime de soi et le sentiment d’intégration. Cela permet plus de résilience à la honte en partageant nos histoires et en créant du changement.

Exemple personnel

En créant 2 minutes ensemble, notre jeu de cartes intergénérationnel, nous avons cherché à favoriser la complicité. Celle-ci nait d’une expérience partagée en toute authenticité. Ce partage d’une même réalité permet de trouver l’énergie pour changer de regard, créer du changement et lutter contre l’isolement.

Honte et empathie

C’est ici que l’empathie embarque. Nous pouvons ainsi partager notre vécu en toute honnêteté et aussi demander de l’aide ou simplement de l’écoute. Il n’est pas facile de bien écouter et de bien demander de l’écoute. Aussi Brené Brown nous recommande d’identifier des « personnes-ressources » qui ne sont pas forcément votre mère ou votre meilleure amie. Pour les identifier, Brené Brown nous recommande de nous poser les questions suivantes :
  • Quels sont les individus et les groupes qui forment mon réseau ?
  • Qui m’écoute avec empathie et soutien ?
  • Quels sont les individus ou les groupes qui déclenchent de la honte chez moi ?
Ce réseau c’est la force qui va nous permettre de déchirer le voile de la honte et de nous en libérer.

Ceux qui surmontent la honte savent l’exprimer

La honte repose essentiellement sur le silence et le secret. Nous nous sentons protégés tant que nous ne reconnaissons pas que nous nous sentons honteux. Nous l’enfouissons sous le tapis le temps qu’elle passe. Et intuitivement, nous pensons que c’est le meilleur moyen de la combattre. Pourtant, c’est bien la communication et le partage de son vécu et de ses ressentis honteux qui vont nous libérer.

Prendre le temps de nommer nos émotions

Souvent nous manquons de mots à poser sur ce que nous ressentons vraiment. Rappelez-vous : nommer ses émotions est une des compétences émotionnelles dont nous vous avons parlé dans notre épisode #140 sur l’intelligence émotionnelle.

L’intelligence émotionnelle en réponse à la honte

Nous sommes capables de reconnaitre que quelque chose nous « fait péter un câble » ou nous « rend dingue ». Cependant, cela ne qualifie pas vraiment ce que nous ressentons. Exprimer sa honte c’est verbaliser sa souffrance donc confier ses besoins et comment ils ne sont pas comblés.

Exemple

Par exemple, j’ai besoin d’être reconnue comme une personne qui gère, qui assure et qui est fiable. Je pense sans doute sans me l’avouer que c’est ainsi que les autres m’aimeront et que je serai intégrée. Lorsqu’il m’arrive d’oublier un rendez-vous, un anniversaire ou que je manque un engagement, je suis mortifiée. J’ai tellement honte que je pourrai rentrer sous terre. Je suis triste, je me sens coupable pendant des jours.

Comment faire ?

Si j’en parle en disant « j’ai manqué tel engagement », je risque de recevoir un « c’est pas si grave, n’en fais pas toute une affaire ». Si je partage ma tristesse, ma culpabilité, j’ouvre la porte à de l’empathie, au partage d’une expérience commune et à du soutien qui adresse vraiment mon inconfort. Ne pas savoir parler de la honte est un facteur aggravant. Les personnes les plus résilientes posent des mots précis sur cette émotion et la partagent.

Partager ses émotions, le remède à la honte ?

Attention cependant car partager ses sentiments ne marche pas à tous les coups. Peut-être allez-vous recevoir un commentaire du type « Je ne te savais pas aussi sensible » ou « c’est ton imagination ». Cependant, vous vous sentirez toujours mieux d’avoir amorcé ce petit pas. Celui de verbaliser votre ressenti et vos besoins non comblés. Vous aurez naturellement fait barrage à la honte même si la réaction que vous recevez n’est pas à la hauteur de vos attentes.

Les résilient à la honte ont laissé tomber le perfectionnisme

La recherche de la perfection vient de notre croyance. Si nous nous efforçons d’être parfaits alors nous allons pouvoir nous épargner la douleur du rejet, des reproches et de la honte. Or c’est tout le contraire car la perfection est destructrice. #92 je suis imparfait Les personnes les plus résilientes à la honte ont révélé des réactions assez similaires au désir de perfectionnisme.

Préférer la croissance à la perfection

S’améliorer est un objectif bien plus réaliste et néanmoins ambitieux que d’atteindre la perfection. Nous pouvons tous grandir, développer nos talents et nos forces (épisode #24 Je reconnais mes talents). Cependant personne ne peut atteindre la perfection. Se fixer des objectifs atteignables et mesurables est un formidable levier de croissance. Et une barrière au perfectionnisme, au sentiment de n’être jamais assez. Bref, à la honte. C’est particulièrement vrai dans nos relations aux autres, par exemple avec nos parents. Nous pouvons arrêter de chercher à être la fille parfaite qui ne comblera jamais toutes leurs attentes pour être la fille aimante, peut-être patiente et surtout bien dans ses pompes qui vivra une relation apaisée avec eux.

Surmonter ses échecs

Les personnes résilientes à la honte, reviennent sur leurs erreurs et envisagent leurs faiblesses comme des opportunités de croissance. Et leurs erreurs comme des opportunités d’apprentissage. #34 Je surmonte les échecs

Prendre le temps de s’accepter

Nous pouvons tenter de nous enraciner dans l’acceptation de nous mêmes. Nommer nos défauts et nos qualités et quel que soit notre parcours. Une belle preuve d’humilité et d’équilibre : il y a eu du bien et du moins bien. Personne n’est parfaitement mince ou doux ou stylé ou attentionné et c’est ok.

Dire stop au cool vendu par les réseaux sociaux

Combattre le cool vendu par les réseaux sociaux et s’émerveiller de l’ordinaire, de la simplicité de notre vie quotidienne est une source de bonheur ! Cela peut sembler anodin, pourtant cela contribue fortement à contrebalancer notre habitude de nous comparer et de toujours penser que l’herbe est plus verte ailleurs. Cela nous aide aussi à saisir notre propre valeur et à éviter de penser que nous sommes insignifiants et indignes d’être aimés.

Pour vaincre la honte

  • L’empathie est l’arme numéro 1 de défense contre la honte.
  • Les personnes les plus résilientes à la honte :
    • Reconnaissent les déclencheurs de leur honte.
    • Prennent du recul par rapport à aux situations qui la déclenchent.
    • Nourrissent des relations authentiques et durables.
    • Acceptent de parler de leur inconfort.
A vous de jouer chers auditeurs ! Cette semaine si vous traversez un de ces épisodes de honte, décortiquez le avec une de vos personnes ressources. Observez les bienfaits que vous en retirez. La petite mousse est philosophique cette semaine car elle nous vient d’Aristote « Être heureux ne signifie pas que tout est parfait. Cela signifie que vous avez décidé de regarder au-delà des imperfections » Avec Bulle de bonheur, prenez le temps d’être heureux !