Dans ce second épisode consacré au harcèlement, nous explorons des pistes concrètes pour en sortir et ne pas y retomber. Après avoir compris les mécanismes du harcèlement, l’enjeu est ici de retrouver du pouvoir d’agir sans devenir agressif ni s’effacer. Nous abordons le changement de posture des victimes, le rôle du harceleur et des témoins, ainsi que des outils concrets pour désamorcer l’agressivité par la communication. Un épisode pour apprendre à faire face au harcèlement sans se perdre.

Je pense à toutes ces personnes qui me disent : « J’ai parlé. J’ai signalé. Et pourtant, rien n’a vraiment changé. » Et je pense aussi à ceux et celles qui finissent par se dire qu’ils sont trop sensibles, qu’ils devraient encaisser, ou qu’ils n’ont simplement pas les épaules pour faire face.

Je me demande souvent pourquoi, dans un même groupe, certaines personnes sont régulièrement prises pour cible… et d’autres jamais.

Et là, ça me chicotte. Pourquoi, à l’école, au travail, dans le couple, les mêmes semblent attirer les attaques, les moqueries, les mises à l’écart ? Est-ce une question de fragilité,
une question de différence ? Ou sont-ce des personnes qui ont du mal à se protéger par elles-mêmes ? Et comment aider les harceleurs pour qu’ils changent leur comportement ?

Le harcèlement est une série d’agissements répétés, inscrits dans une relation asymétrique, qui provoquent une souffrance psychique durable chez la personne qui les subit.

Sortir du harcèlement : de la compréhension à l’action

Dans le précédent épisode #293, nous avons pris le temps de comprendre ce qu’est le harcèlement. Aujourd’hui, l’enjeu est différent : comment en sortir, et surtout comment éviter d’y retomber.

Je rappelle une définition du harcèlement : c’est une série d’agissements répétés, inscrits dans une relation asymétrique, qui provoquent une souffrance psychique durable chez la personne qui les subit.

Ce que demandent vraiment les victimes

Un enfant victime de harcèlement ne demande généralement pas : « Sors-moi de là ». Il demande plutôt : « Qu’est-ce que je peux faire ? »

Il sait intuitivement que si un adulte intervient brutalement à sa place, les représailles risquent d’être encore pires. Apprendre à utiliser la communication pour désamorcer l’agressivité est une compétence pour la vie entière. Une phrase très ancienne dit : « Les bâtons peuvent briser mes os, mais les mots ne me briseront jamais. »

Sortir du harcèlement commence rarement par un grand geste spectaculaire. Cela commence souvent par un changement intérieur, beaucoup plus discret : un changement de posture.

Déconstruire la honte

La honte de ne pas avoir su réagir. La honte d’avoir laissé faire. La honte de se dire qu’on aurait dû être plus fort, plus rapide, plus affirmé. Or, rappelez-vous notre épisode #269 La honte se distingue de la culpabilité. En effet, là où la culpabilité porte sur ce que nous avons fait (« j’ai fait une erreur »), la honte touche à l’identité même (« je suis une erreur »). Elle nous coupe de nous-mêmes… et des autres. En résumé, la honte fige, isole, et renforce l’impuissance.

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Redonner de la dignité et reconnaître sa valeur

C’est d’abord rappeler une chose essentielle. Si une personne est harcelée, ce n’est jamais parce qu’elle est faible, mais parce qu’elle se retrouve coincée dans une relation asymétrique. Prenez le temps de vous appuyer sur vos talents #24. Faites le test de Seligman et Peterson pour les connaître (en lien )

Se positionner sans devenir agressif

Se positionner contre le harcèlement, ce n’est pas devenir agressif. Ce n’est pas attaquer en retour. Ce n’est pas “se durcir”. Chercher à convaincre quelqu’un qui domine, c’est souvent lui donner encore plus de pouvoir. Se positionner, en revanche, c’est poser une limite simple, claire, répétable, et accepter que l’autre puisse ne pas être d’accord… Sans que cela remette en cause sa propre valeur.  #284 se libérer du regard des autres

Passer de la posture de victime à une posture de personne en capacité d’agir, c’est retrouver ce point d’appui intérieur qui permet de dire : « Je ne peux pas contrôler ce que l’autre fait, en revanche je peux choisir comment je me positionne. » Et c’est souvent ce déplacement-là, qui semble invisible et qui commence à faire bouger la dynamique de harcèlement.

Mieux comprendre le harceleur

Quand on parle de harcèlement, le harceleur est souvent réduit à une image simple : quelqu’un de méchant, de violent, de dominant.

La réalité est presque toujours plus complexe. Comprendre le harceleur, ce n’est pas le dédouaner. C’est se donner les moyens d’éviter la répétition.

Le harceleur n’est pas fort, il cherche à l’être

Le harceleur peut sembler sûr de lui. Pourtant cette assurance est bien souvent une façade.

Rappelez-vous, une estime de soi solide permet de supporter la frustration, d’accepter la différence, de gérer le conflit sans écraser.

Contrairement à ce que l’on croit, le harceleur n’agit pas à partir d’une sécurité intérieure solide. Il agit très souvent à partir d’une insécurité profonde, d’un sentiment de menace intérieure ou d’une difficulté à exister autrement que dans le rapport de force.

Dominer l’autre lui permet de se sentir exister, de reprendre un contrôle qu’il n’a pas à l’intérieur et d’éviter de ressentir sa propre vulnérabilité.

L’agressivité devient alors un mode relationnel appris.

Et le harceleur n’a souvent pas appris ces compétences-là.

Les émotions à l’œuvre chez le harceleur

Chez le harceleur, certaines émotions sont très présentes, même si elles sont rarement reconnues. La colère, souvent ancienne, mal régulée. Ou bien le sentiment d’injustice : « personne ne me respecte ». Il y aussi la peur de perdre la face, d’être humilié à son tour. Ou encore la honte, souvent masquée par l’attaque.

Plutôt que de ressentir ces émotions, le harceleur les déplace sur l’autre.

Harceler comme tentative de relation

C’est une phrase qui dérange. Cependant, elle est importante : le harceleur cherche un lien. Un lien certes violent et déséquilibré… mais un lien quand même.

Quand la victime réagit par la peur, la fuite ou la soumission, le harceleur obtient ce qu’il cherche : un sentiment de puissance.

Pourquoi la punition seule ne fonctionne pas

Sanctionner un comportement est parfois nécessaire. En revanche, sanctionner sans compréhension produit souvent l’effet inverse. La punition renforce le sentiment d’injustice, nourrit la colère, pousse à la vengeance, déplace le harcèlement dans des zones moins visibles. Le message intérieur devient : « On m’attaque, donc j’attaque plus fort ailleurs. » C’est pour cela que le tout-punitif ne transforme pas les dynamiques de harcèlement.

Ce qui aide réellement un harceleur à sortir de son rôle

Pour qu’un harceleur sorte de son rôle, plusieurs conditions sont nécessaires :

Cadre, responsabilité et travail émotionnel

Des limites posées sans humiliation. Des règles non négociables.

Une responsabilisation réelle : L’aider à comprendre l’impact de ses actes sur l’autre. Pas en l’écrasant. Mais en l’amenant à se sentir responsable.

Un travail sur les émotions : Apprendre à reconnaître la colère, la frustration, la peur.

Et surtout à les réguler autrement que par l’attaque.

Développer d’autres compétences relationnelles

Il est suggéré d’aider le harceleur à trouver d’autres façons d’exister dans la relation en développant des compétences relationnelles. Par exemple, dire ce qui ne va pas, oser demander, apprendre à négocier et supporter la frustration.

L’objectif n’est pas de le sauver. L’objectif est d’empêcher la répétition.

Le rôle clé des témoins

On peut noter que le témoin, lui, a peur d’être exclu, de se différencier et a le sentiment « d’irresponsabilité appris. »

Le sentiment d’irresponsabilité appris

C’est le fait d’avoir intégré, au fil du temps, que ce qui se passe autour de moi ne me concerne pas et que je n’ai pas à intervenir. Ce n’est pas de l’indifférence. Ce n’est pas de la méchanceté. On peut dire que c’est un apprentissage relationnel.

Dans les situations de harcèlement, chez les témoins, ce sentiment est très fréquent. Un enfant, un ado ou un adulte peut penser : « Je vois bien que ce n’est pas normal… mais ce n’est pas à moi d’agir. ». « Si j’interviens, je vais devenir la prochaine cible. ». « Quelqu’un d’autre va bien finir par faire quelque chose. » Ce n’est pas un manque d’empathie. C’est une peur d’agir, déguisée en neutralité.

Quand le silence nourrit le harcèlement

Et comme le harcèlement se nourrit du silence du groupe, quand personne ne réagit, le harceleur se sent légitimé. La victime, elle, se sent seule et la situation s’installe. Le message implicite devient : « Ce qui se passe est acceptable. »

Ce que la recherche nous apprend sur le harcèlement

Le psychologue américain Izzy Kalman a proposé une lecture profondément différente du harcèlement.

L’apport d’Izzy Kalman après Columbine

Son travail s’est notamment renforcé à la suite du drame de Columbine, à la fin des années 1990. Quand on évoque le drame de Columbine, on fait référence à la fusillade survenue en 1999 au lycée de Columbine High School, aux États-Unis. Deux adolescents ont ouvert le feu dans leur établissement, provoquant la mort de plusieurs personnes avant de se donner la mort. C’est un événement d’une extrême violence, profondément traumatisant, qui a marqué durablement la société américaine… et bien au-delà.

Pourquoi cet événement a marqué la réflexion sur le harcèlement

À la suite de ce drame, de nombreuses enquêtes ont été menées pour comprendre ce qui avait pu conduire à une telle tragédie. Un élément est alors apparu de manière récurrente dans les témoignages et les analyses. Les auteurs avaient été harcelés pendant plusieurs années par leurs pairs. Encore une fois, c’est essentiel de le dire clairement : cela n’explique pas, ne justifie pas, et n’excuse en rien la violence commise. Cependant, cet élément a obligé chercheurs, psychologues et éducateurs à se poser cette question : que se passe-t-il quand une souffrance relationnelle s’accumule, sans issue, sans reconnaissance, sans possibilité d’agir ?

C’est ce que ce drame a mis en lumière.

Le drame de Columbine a mis en lumière un point fondamental.

Un sentiment d’impuissance

Le danger majeur n’est pas seulement l’agressivité, c’est le sentiment d’impuissance extrême.

C’est cette prise de conscience qui a nourri le travail de plusieurs chercheurs, dont Izzy Kalman, sur la nécessité d’outiller les victimes. Quand un enfant, un adolescent ou même un adulte a le sentiment que parler ne sert à rien, que se défendre est impossible, que demander de l’aide aggrave la situation et qu’il dépend entièrement d’une autorité extérieure pour être protégé, alors il se retrouve enfermé dans une position extrêmement fragile.

Kalman observe que beaucoup de programmes anti-harcèlement, pourtant bien intentionnés, reposent presque exclusivement sur l’intervention des adultes : signaler, punir, exclure, déplacer. Or, si ces interventions sont parfois nécessaires, elles ne suffisent pas.

Pourquoi ? Parce qu’elles envoient souvent, malgré elles, un message implicite à la victime :

« Tu ne peux pas faire face par toi-même. » Et ce message nourrit l’impuissance.

Donner les compétences nécessaires aux victimes de harcèlement

Le cœur du travail d’Izzy Kalman consiste donc à déplacer le curseur : il ne s’agit pas d’apprendre aux victimes à devenir agressives, ni à les encourager à se venger. Il s’agit simplement de leur transmettre des compétences relationnelles pour désamorcer l’agressivité.

Autrement dit, apprendre à répondre sans attaquer, à poser une limite sans violence, à ne plus offrir au harceleur la réaction émotionnelle qu’il recherche.

Kalman part d’une idée simple : le harcèlement se maintient tant qu’il est “récompensé” relationnellement. Quand la victime apprend à ne plus nourrir cette dynamique, sans se taire, sans fuir, sans s’écraser, alors la relation commence à se transformer.

Cette approche redonne à la victime quelque chose d’essentiel : une capacité d’agir, une marge de manœuvre intérieure et le sentiment qu’elle n’est plus totalement dépendante de l’extérieur pour être en sécurité.

Le véritable enjeu n’est pas d’éradiquer toute agressivité. C’est d’apprendre à y faire face sans se perdre. Sans basculer dans la violence et sans rester prisonnier de l’impuissance.

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Désamorcer l’agressivité : exemples concrets

Répondre sans se justifier

Face à des insultes répétées du style « Tu es vraiment nul(le) », la réaction classique qui nourrit le harcèlement est de se justifier : « Non, ce n’est pas vrai… » De se mettre en colère, de se taire, en baissant la tête. Une réponse qui désamorce peut être : « Peut-être. », « C’est ton avis. », « OK. » La phrase est courte, neutre, sans charge émotionnelle et ne donne rien à répondre.

L’autodérision maîtrisée

Dans le cas de moquerie “pour rire” : « Franchement, tu as vu comment t’es habillé(e) ? » La réaction classique est de se défendre, d’expliquer, de se vexer. Une réponse en autodérision peut être « Oui, j’ai osé. », « J’aime bien provoquer. », « Tu n’es pas le premier à le penser. » L’agresseur perd son pouvoir, parce que la personne ne cherche plus à se faire valider.

La neutralité comme limite

Si c’est une remarque qui rabaisse du style « laisse, on va le faire sans toi, ce sera plus simple », la réaction classique est de s’effacer, de ruminer, de se sentir humilié. Une réponse qui court circuite le harceleur est : « faites comme vous voulez. » Ou « c’est noté. ». Même si c’est vexant, pas d’attaque. Pas de justification. On met une limite posée par la neutralité.

Quand une personne apprend à répondre de cette manière, elle ne s’écrase plus, elle ne devient pas agressive, elle sort du rapport de force. Elle retrouve surtout une chose essentielle : le sentiment de pouvoir agir. Et c’est précisément ce sentiment-là qui protège les effets délétères du harcèlement.

Outiller pour prévenir la répétition

Le jeu de l’Idiot

C’est exactement sur cette logique que repose le jeu de l’Idiot, conçu par Philippe Aïm, pédopsychiatre. Le principe est simple… et redoutablement efficace.

Le jeu consiste à ce que, dans un espace sécurisé, l’enfant joue le rôle de celui qui se fait attaquer. L’adulte ou le thérapeute joue le rôle de l’agresseur. Et l’enfant apprend, par le jeu de rôle, à répondre sans se défendre, sans attaquer, sans fuir.

Pourquoi ça fonctionne si bien ? Parce que le jeu enlève la peur, il permet de répéter, il transforme l’expérience émotionnelle.

L’enfant découvre, par l’expérience, que les mots de l’autre ne le détruisent pas, qu’il peut rester debout intérieurement, qu’il n’est pas obligé de convaincre ni de se justifier.

Le harceleur fait alors face à une personne qui ne lui offre plus de réaction émotionnelle,

Il perd donc progressivement l’intérêt de continuer.

Ce que montre à la fois le travail d’Izzy Kalman et le jeu de l’Idiot, c’est que se défendre s’apprend. Ce n’est pas une question de caractère ni une question de force. C’est une compétence relationnelle.

Et cette compétence est valable à l’école, dans le couple, au travail et dans tous les groupes humains.

Créer des espaces de parole en famille

Quand on parle de harcèlement, on réalise que ce qui fait souvent défaut, ce sont des espaces pour parler. Des moments simples où chacun peut dire ce qu’il vit sans être jugé ni interrompu. C’est exactement l’esprit du jeu 2 minutes de bonheur en famille : ouvrir la parole, renforcer l’écoute, et rendre visibles les petits signaux avant qu’ils ne deviennent une grande souffrance.

En résumé, sortir du harcèlement

  • Commence par un changement de posture intérieure
  • Implique de comprendre le rôle du harceleur et des témoins
  • Nécessite d’apprendre à désamorcer l’agressivité

Avec Bulle de Bonheur, prenez le temps d’être heureux !

La Petite Mousse de 2 minutes de Bonheur

« Le sentiment d’impuissance est l’un des plus grands facteurs de détresse psychique. »

Martin Seligman

Petite mousse- 2 minutes de bonheur

Vos questions les plus fréquentes

🫧 Pourquoi est-ce si difficile de sortir du harcèlement ?

Parce que le harcèlement installe un sentiment d’impuissance. Tant que la personne ne retrouve pas une marge de manœuvre intérieure, la situation reste bloquée.

🫧 Est-ce que se défendre, c’est devenir agressif ?

Non. Se défendre consiste à se positionner sans attaquer, sans se justifier excessivement et sans s’effacer. C’est une compétence relationnelle qui s’apprend.

🫧 Pourquoi sanctionner ne suffit-il pas ?

Parce que la punition seule renforce souvent la colère et le sentiment d’injustice, sans transformer les mécanismes relationnels à l’origine du harcèlement.

🫧 Quel est le rôle des témoins ?

Les témoins jouent un rôle central. Leur silence peut légitimer le harcèlement, tandis qu’une intervention ajustée peut faire basculer la dynamique.

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